L'espace des n-uplets réels, sous-espaces vectoriels et applications linéaires
Cours complet · mathématiques appliquées (ECG 1re année), chapitre 7 · prépa ECG, 1re année
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Ce chapitre donne un cadre à ce que le premier semestre avait rencontré sans le nommer : l'ensemble des solutions d'un système homogène était stable par somme et par multiplication par un réel, et le produit d'une matrice par une colonne transformait un vecteur en un autre. Ces deux observations vont devenir les notions de sous-espace vectoriel et d'application linéaire.
Le programme est explicite : ce chapitre ne doit pas donner lieu à un exposé théorique. On travaille dans — et l'on privilégie — jamais dans un espace vectoriel abstrait. Les vecteurs sont des colonnes de .
7.1 L'espace
est l'ensemble des -uplets de réels, que l'on écrit en colonne. On y définit
La première est une loi interne (), la seconde une loi externe ().
L'addition est associative et commutative, admet pour élément neutre et tout vecteur admet un opposé. La loi externe vérifie, pour tous et :
Une combinaison linéaire des vecteurs est un vecteur de la forme , avec .
La base canonique de est la famille où a un en -ème position et des ailleurs. Tout vecteur s'écrit , et la colonne de ses coordonnées dans cette base est elle-même.
7.2 Sous-espaces vectoriels
Une partie de est un sous-espace vectoriel lorsqu'elle est l'ensemble des combinaisons linéaires d'une famille finie de vecteurs.
Un sous-espace vectoriel de contient , et est stable par combinaison linéaire : si et , alors .
Pour montrer qu'une partie est un sous-espace vectoriel, on vérifie qu'elle contient et qu'elle est stable par combinaison linéaire. L'oubli du « contient » est l'erreur la plus fréquente : est stable par rien du tout, et n'est pas un sous-espace vectoriel.
Les sous-espaces vectoriels de sont exactement : , les droites vectorielles (ensembles avec ), et tout entier.
L'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène à inconnues est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration
Le système s'écrit . La colonne nulle est solution ; et si et , alors par distributivité du produit matriciel. La partie est donc stable par combinaison linéaire.
C'est exactement la proposition démontrée au chapitre 2, désormais nommée. La méthode du pivot ne sert plus seulement à résoudre : elle décrit un sous-espace vectoriel.
Pour des vecteurs de , on note
C'est un sous-espace vectoriel, et la famille en est dite génératrice.
7.3 Bases et dimension
est une base du sous-espace vectoriel si tout vecteur de se décompose de manière unique comme combinaison linéaire de .
est libre lorsque la seule combinaison linéaire nulle est celle à coefficients tous nuls :
Une famille non libre est dite liée.
Une famille est une base de si et seulement si elle est libre et génératrice de .
Démonstration
Si la famille est une base, elle engendre par définition ; et si une combinaison linéaire est nulle, l'unicité de la décomposition du vecteur — qui s'écrit avec des coefficients nuls — force tous les à être nuls. Réciproquement, si la famille est génératrice, toute décomposition existe ; et si deux décompositions d'un même vecteur existaient, leur différence serait une combinaison linéaire nulle à coefficients non tous nuls, contredisant la liberté.
Si un sous-espace vectoriel admet une base de vecteurs, alors toutes ses bases ont vecteurs. Ce nombre est la dimension de , notée .
Soit un sous-espace vectoriel de dimension .
- Toute famille libre de a au plus vecteurs.
- Toute famille génératrice de a au moins vecteurs.
- Une famille de vecteurs de qui est libre ou génératrice est une base de .
Le dernier point est celui qu'on utilise le plus : si l'on connaît déjà la dimension, il suffit de vérifier une des deux propriétés. Prouver la liberté est presque toujours plus rapide que prouver le caractère générateur.
Le rang de est la dimension de .
Soit . En posant , tout vecteur de s'écrit
Ces deux vecteurs engendrent ; ils sont libres (leurs deux premières coordonnées imposent ). C'est donc une base : , un plan de .
7.4 Applications linéaires de dans
Soit . L'application
est linéaire : pour tous et .
Si de dans et de dans , alors . La composition des applications linéaires correspond au produit des matrices.
La formule , qui pouvait sembler arbitraire au chapitre 2, est exactement ce qu'il faut pour que composer revienne à multiplier. Et l'on comprend du même coup pourquoi le produit n'est pas commutatif : composer dans l'autre sens ne donne pas la même transformation.
Pour de dans :
est un sous-espace vectoriel de — c'est l'ensemble des solutions du système homogène — et est un sous-espace vectoriel de , engendré par les colonnes de .
Démonstration
Pour le noyau, c'est le théorème sur les systèmes homogènes. Pour l'image, où les sont les colonnes de : l'image est donc .
Le rang de , noté , est le rang de la famille de ses vecteurs colonnes, c'est-à-dire .
: le rang se lit indifféremment sur les colonnes ou sur les lignes.
Pour linéaire de matrice :
est la dimension de l'espace de départ. Le théorème dit que ce que l'application « écrase » (le noyau) et ce qu'elle « atteint » (l'image) se partagent exactement cette dimension. Plus le noyau est gros, plus l'image est petite.
Soit , définissant . Les trois colonnes sont toutes proportionnelles à : l'image est une droite, donc . Le théorème du rang donne alors : le noyau est un plan de , ce que le pivot confirme puisque le système se réduit à la seule équation .
Python : Rang et noyau, numériquement
import numpy as np
M = np.array([[1., 2., 3.],
[2., 4., 6.]])
r = np.linalg.matrix_rank(M)
print("rang :", r) # 1
print("dim du noyau :", M.shape[1] - r) # 2, par le theoreme du rang
Attention : matrix_rank décide qu'une valeur est « nulle » en deçà d'un seuil numérique. Sur des données mesurées, un rang calculé peut donc dépasser le rang exact — le résultat est une estimation, pas une preuve.
7.5 L'essentiel du chapitre
- Sous-espace vectoriel : contient et stable par combinaison linéaire. L'oubli du « contient » est l'erreur classique.
- Les solutions d'un système homogène forment un sous-espace vectoriel — l'exemple fondamental.
- Base libre génératrice décomposition unique. Toutes les bases ont le même cardinal : la dimension.
- En dimension : une famille de vecteurs libre ou génératrice est une base — vérifier une seule des deux suffit.
- Composer des applications linéaires, c'est multiplier les matrices. C'est la raison d'être du produit matriciel.
- (système homogène) et (engendrée par les colonnes) sont des sous-espaces vectoriels.
- Théorème du rang : , où est la dimension au départ.