Coefficients binomiaux et lois usuelles finies
Cours complet · mathématiques (ECT 1re année), chapitre 11 · prépa ECT, 1re année
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Le chapitre 7 a défini ce qu'est une variable aléatoire finie, son espérance et sa variance, mais ne disait rien de quelles lois on rencontre en pratique. Ce chapitre-ci répond : quatre lois suffisent à modéliser l'immense majorité des situations concrètes, et il faut savoir les reconnaître. Une seule d'entre elles demande un outil de calcul nouveau, la loi binomiale : les coefficients binomiaux, un tableau de nombres entiers qu'on sait construire de tête et dont on n'aura jamais besoin en dehors des probabilités.
Le programme est net : « La notion de cardinal est introduite pour son application au calcul des probabilités (uniquement dans le cas de l'équiprobabilité). Tout exercice de dénombrement pur est exclu. »
Les coefficients binomiaux sont donc introduits ici pour une raison : écrire la loi binomiale. Le programme ajoute d'ailleurs, à leur sujet : « On donne dans ce paragraphe l'interprétation combinatoire de ces coefficients mais on évitera toute technicité dans les exercices. »
11.1 Factorielle et coefficients binomiaux
Pour un entier , la factorielle de est le produit . Par convention, .
, , , , , , . La croissance est foudroyante : on ne calcule donc jamais une factorielle « en entier » quand elle apparaît dans un quotient, on simplifie d'abord.
est le nombre de façons d'ordonner objets distincts : pour ranger trois dossiers , , , il y a choix pour la première place, puis , puis , soit rangements.
Soient deux entiers et avec . Le coefficient binomial « parmi » est le nombre
C'est le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments.
Calculons : on écrit la définition, puis on simplifie avant de multiplier.
Le facteur se simplifie, et c'est toujours ainsi qu'il faut procéder : écrire puis diviser serait plus long et plus risqué.
Pour tous entiers :
Démonstration
Pour la symétrie, il suffit de lire la définition en échangeant les deux facteurs du dénominateur : . Les valeurs remarquables s'obtiennent de même : puisque , et .
Pour calculer , on ne calcule pas sept facteurs : on écrit . Règle de conduite : ramener toujours à la plus petite des deux valeurs et .
Pour tous entiers :
Démonstration
On réduit les deux termes de droite au même dénominateur :
La somme des deux numérateurs vaut , d'où le résultat.
La formule de Pascal ne fait intervenir que des additions : c'est pour cela qu'elle est l'algorithme de calcul des coefficients binomiaux. Partant de la ligne , chaque ligne s'obtient de la précédente par des sommes de deux termes voisins, en encadrant par des — et aucune division n'est faite.
Python : Le triangle, ligne par ligne
def ligne_suivante(L):
M = [1]
for k in range(1, len(L)):
M.append(L[k - 1] + L[k])
M.append(1)
return M
L = [1]
for n in range(6):
print(L)
L = ligne_suivante(L)
# [1]
# [1, 1]
# [1, 2, 1]
# [1, 3, 3, 1]
# [1, 4, 6, 4, 1]
# [1, 5, 10, 10, 5, 1]
Seule la formule de Pascal est employée : c'est la manière dont une machine calcule réellement ces coefficients quand devient grand.
Python : Ou directement par la définition
from math import factorial
def binomial(n, k):
return factorial(n)//(factorial(k)*factorial(n - k))
print(binomial(5, 2), binomial(10, 3), binomial(7, 7))
# 10 120 1
print(binomial(9, 4) == binomial(9, 5))
# True
La dernière ligne affiche True : c'est la symétrie , vérifiée sur un cas. La division est écrite // (et non /) parce que le résultat est un entier.
11.1.1 Ce que les coefficients binomiaux comptent
Répétons fois une même épreuve à deux issues, le succès et l'échec . Un résultat de l'expérience est une suite de lettres, donc un chemin de l'arbre, et est le nombre de chemins comportant exactement succès. C'est cette lecture, et elle seule, qui servira pour la loi binomiale.
11.2 La formule du binôme de Newton
Pour tous réels et et tout entier :
Démonstration
Par récurrence sur . Pour , le membre de droite vaut . Supposons la formule vraie au rang ; alors , soit
Dans la première somme on remplace par ; le coefficient de devient alors , qui vaut par la formule de Pascal. C'est la formule au rang .
La ligne du triangle est , donc . Avec et :
c'est-à-dire .
Pour tout entier :
Démonstration
On applique la formule du binôme avec pour la première égalité, puis avec et pour la seconde : .
La ligne est . Sa somme vaut , et la somme alternée vaut .
11.3 Les quatre lois usuelles finies
Le programme le dit ainsi : « Chacune de ces lois sera illustrée par un exemple concret d'une situation qu'elle modélise. Les étudiants doivent savoir reconnaître ces lois à partir de situations concrètes. » Pour chaque loi, il faut donc savoir : la situation qu'elle modélise, sa loi (les valeurs et leurs probabilités), son espérance et sa variance.
11.3.1 Loi certaine
suit la loi certaine de valeur lorsque ne prend que la valeur , avec .
Si suit la loi certaine de valeur , alors et .
Démonstration
. Puis , donc par la formule de Kœnig-Huygens .
Une variance mesure la dispersion autour de la moyenne : elle est nulle exactement lorsqu'il n'y a rien à disperser. Rencontrer dans un exercice, c'est donc avoir démontré que est constante.
11.3.2 Loi uniforme
suit la loi uniforme sur , ce qu'on note , lorsque
Si , alors
Démonstration
, en réutilisant la somme des premiers entiers du chapitre 3. Le calcul de la variance suit le même schéma à partir de ; il est admis ici.
Une entreprise tire au sort un client parmi les de son fichier, numérotés de à , pour lui offrir un bon d'achat. Le numéro tiré suit , donc et . L'écart type vaut .
11.3.3 Loi de Bernoulli
suit la loi de Bernoulli de paramètre , ce qu'on note , lorsque
On appelle succès l'événement et échec l'événement .
Si , alors
Démonstration
. Comme ne prend que les valeurs et , on a , donc et par Kœnig-Huygens.
Sur une chaîne de production, des pièces sont défectueuses. On en prélève une au hasard et l'on pose si elle est défectueuse, sinon. Alors , donc et . L'espérance se lit ainsi : sur un grand nombre de prélèvements, on compte en moyenne défectueuses pour .
11.3.4 Loi binomiale
On répète fois, de façon indépendante et dans les mêmes conditions, une épreuve dont la probabilité de succès est . Soit le nombre total de succès. On dit que suit la loi binomiale de paramètres et , et l'on note .
Si , alors et, pour tout :
Démonstration
Un chemin de l'arbre comportant exactement succès a pour probabilité , puisque les épreuves sont indépendantes et que le produit ne dépend pas de l'ordre des lettres. Il y a tels chemins, et ils forment des événements deux à deux incompatibles : on additionne leurs probabilités, toutes égales.
La formule du binôme donne : on retrouve, comme il se doit, que les probabilités d'une loi somment à — et c'est le binôme de Newton qui le garantit.
Si , alors et .
Une loi binomiale est la somme de épreuves de Bernoulli indépendantes de même paramètre . L'espérance d'une somme est la somme des espérances : fois . Et pour des variables indépendantes, la variance d'une somme est la somme des variances : fois . Enfin est exactement la loi de Bernoulli, et les formules coïncident bien pour .
Reprenons la chaîne où des pièces sont défectueuses. On prélève un lot de pièces et l'on note le nombre de défectueuses ; les prélèvements étant indépendants et de même probabilité, et pièce par lot.
Aucune défectueuse : . Au moins une : c'est l'événement contraire, de probabilité . Plus d'un lot sur quatre en contient une, alors que le taux de défaut n'est que de .
Pour affirmer qu'une variable suit une loi binomiale, il faut vérifier que les épreuves sont identiques (même probabilité de succès ), qu'elles sont indépendantes, et que compte le nombre de succès et rien d'autre. Le piège le plus courant est un tirage sans remise dans une petite population : les épreuves ne sont alors ni identiques ni indépendantes, et la loi n'est pas binomiale.
Python : Simuler une loi binomiale à partir de rd.random
import numpy.random as rd
def epreuve(p):
if rd.random() < p:
return 1
return 0
def binomiale(n, p):
s = 0
for i in range(n):
s = s + epreuve(p)
return s
# rd.seed fixe le generateur : on retrouve les memes tirages
# a chaque execution (fonction non exigible, documentee ici)
rd.seed(1)
essais = [binomiale(10, 0.3) for i in range(10000)]
print(sum(essais)/10000) # 3.033
print(essais.count(3)/10000) # 0.2686
La moyenne des essais vaut , à comparer à ; et la fréquence de la valeur vaut , à comparer à . Une simulation ne démontre rien : elle rend crédible, et permet surtout de repérer une erreur de modélisation.
Pourquoi cette simulation est-elle fidèle ? rd.random() rend un nombre au hasard entre et , chaque sous-intervalle ayant une probabilité égale à sa longueur. La condition rd.random() < p est donc vraie avec probabilité exactement : c'est une épreuve de Bernoulli. En les additionnant fois on obtient une binomiale, par construction et non par approximation.