Probabilités sur un univers fini
Cours complet · mathématiques (ECT 1re année), chapitre 6 · prépa ECT, 1re année
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Une entreprise ne connaît pas l'avenir, mais elle sait souvent avec quelle fréquence les choses arrivent : un dossier sur six est incomplet, une pièce sur cinquante est défectueuse. Les probabilités mettent ces fréquences en calcul.
Toutes les expériences considérées ici n'ont qu'un nombre fini de résultats possibles, ce qui suffit à traiter les situations de gestion : un tirage de dossiers, un contrôle qualité, un sondage. Les arbres pondérés rencontrés au lycée restent l'outil principal ; ce chapitre leur donne un vocabulaire et trois formules.
6.1 Expérience aléatoire, univers, événements
Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît tous les résultats possibles sans pouvoir prévoir lequel se produira. L'ensemble de ces résultats s'appelle l'univers, noté ; ici il est toujours fini.
Un événement est une partie de ; réduit à un seul résultat, il est dit élémentaire. lui-même est l'événement certain, l'événement impossible.
Un service classe dossiers numérotés de à et en tire un au hasard, donc . L'événement « le numéro est pair » est ; l'événement « le numéro est un multiple de » est .
| on dit … | on écrit … |
|---|---|
| et se produisent | |
| ou se produit | |
| ne se produit pas | (événement contraire) |
| et sont incompatibles | |
| entraîne |
Tout le chapitre 1 sur les ensembles se relit ainsi. Les lois de Morgan, par exemple, disent que le contraire de « ou » est « ni ni ».
Des événements forment un système complet si
- ils sont deux à deux incompatibles : dès que ;
- leur réunion est tout entier.
Autrement dit : quoi qu'il arrive, un et un seul des se produit.
Le programme précise : « On se limitera aux systèmes complets d'événements de type où les sont des parties deux à deux disjointes et de réunion égale à . » Le cas le plus fréquent est le plus simple : est toujours un système complet.
6.2 Probabilité
Une probabilité sur un univers fini est une application définie sur l'ensemble des parties de , à valeurs dans , telle que
- ;
- pour tous événements incompatibles et : .
Pour tous événements et :
- ;
- ;
- si , alors ;
- formule de Poincaré : .
Démonstration
et sont incompatibles et leur réunion est , donc . En prenant on obtient .
Pour Poincaré, on découpe en trois morceaux incompatibles : ce qui n'est que dans , ce qui est dans les deux, ce qui n'est que dans . En ajoutant et on compte le milieu deux fois, on le retire une fois.
Chaque fois qu'un énoncé demande « au moins un », le calcul direct est long et celui du contraire est court : . C'est le réflexe le plus rentable du chapitre.
Si tous les résultats élémentaires de ont la même probabilité, alors pour tout événement :
Le programme est explicite : « La notion de cardinal est introduite pour son application au calcul des probabilités (uniquement dans le cas de l'équiprobabilité). Tout exercice de dénombrement pur est exclu. »
On ne rencontrera donc ni arrangement ni combinaison étudiés pour eux-mêmes : les situations comptées seront toujours immédiates, un tirage parmi objets. Les tirages successifs, eux, se traitent par un arbre.
Reprenons , avec équiprobabilité. Alors
car . Poincaré donne alors
Contrôle direct : compte éléments.
6.3 Probabilité conditionnelle
Soient et deux événements avec . La probabilité de sachant est
On la lit : « sachant que s'est produit, quelle chance reste-t-il à ? »
Si :
Plus généralement, si :
- Chaque branche porte une probabilité : simple au premier niveau, conditionnelle ensuite.
- La somme des branches issues d'un même point vaut .
- On multiplie le long d'un chemin, et l'on additionne les chemins qui conviennent.
Un lot de dossiers en contient incomplets. On en tire deux successivement, sans remettre le premier. Notons l'événement : le -ième dossier tiré est incomplet.
Au premier tirage, . S'il est incomplet, il reste dossiers dont incomplets, donc , et la formule des probabilités composées donne
De même , si bien que la probabilité d'avoir au moins un dossier incomplet vaut .
Python : Une simulation corrobore, elle ne démontre pas
import random
random.seed(0)
lot = ["I"]*3 + ["C"]*7
n, deux = 100000, 0
for _ in range(n):
if random.sample(lot, 2).count("I") == 2:
deux = deux + 1
print(round(deux/n, 4), round(1/15, 4))
# 0.0663 0.0667
Cent mille tirages donnent pour une valeur exacte de . La machine confirme le calcul, elle ne le remplace pas : une autre exécution donnerait un autre nombre.
6.4 Probabilités totales et formule de Bayes
Soit un système complet d'événements de probabilités non nulles. Alors, pour tout événement :
Démonstration
Les découpent , donc ils découpent en morceaux deux à deux incompatibles dont la réunion est . La probabilité d'une réunion d'incompatibles est la somme des probabilités, d'où la première égalité ; la seconde est la formule des probabilités composées, terme à terme.
Une société reçoit ses dossiers de deux agences : viennent de et de . À l'agence , des dossiers sont incomplets ; à l'agence , le sont. Comme est un système complet,
Seize pour cent des dossiers sont incomplets. C'est la somme des deux chemins de l'arbre qui aboutissent à .
Si et :
Le dénominateur se calcule le plus souvent par la formule des probabilités totales.
Un dossier incomplet arrive sur un bureau. Quelle est la probabilité qu'il vienne de l'agence ? La formule de Bayes donne
À lire attentivement. L'agence ne fournit que des dossiers, mais des dossiers incomplets : c'est elle qu'il faut auditer d'abord. Bayes sert exactement à ce renversement.
est la proportion de dossiers incomplets parmi ceux de ; est la proportion venant de parmi les incomplets. Le sens du conditionnement change tout : on ne peut pas échanger les deux événements sans repasser par la formule de Bayes.
Python : Totales et Bayes en quatre lignes
p = [0.60, 0.40]
t = [0.10, 0.25]
pI = p[0]*t[0] + p[1]*t[1]
print(round(pI, 4))
print(round(p[0]*t[0]/pI, 4), round(p[1]*t[1]/pI, 4))
# 0.16
# 0.375 0.625
La première ligne imprimée est la formule des probabilités totales, la seconde celle de Bayes appliquée deux fois. Leur somme vaut : reste un système complet, même une fois connu.
6.5 Indépendance
Deux événements et sont indépendants lorsque
Si , alors et sont indépendants si et seulement si .
Démonstration
. Cette quantité vaut si et seulement si , ce qui est la définition.
Apprendre que s'est produit ne change rien à la chance de : un tirage avec remise, deux machines sans pièce commune, deux clients qui ne se connaissent pas. Ce n'est pas le cas d'un tirage sans remise, où le premier tirage modifie le contenu du lot.
Si et sont incompatibles et de probabilités non nulles, alors tandis que : ils ne sont jamais indépendants. C'est logique, savoir que s'est produit interdit — le contraire de « ne rien apprendre ». La ressemblance des deux mots est un piège de la langue française, pas une parenté mathématique.
Des événements sont mutuellement indépendants si la probabilité de l'intersection de n'importe quels d'entre eux est le produit de leurs probabilités. On peut alors remplacer certains par leurs contraires sans perdre l'indépendance mutuelle.
Deux machines fonctionnent indépendamment. La première tombe en panne un jour donné avec la probabilité , la seconde avec . Alors
donc . On obtient aussi et, par différence, . Le passage aux contraires est légitime parce que l'indépendance se conserve, comme le dit la définition ci-dessus.
Python : Un test d'indépendance
def independants(pa, pb, pab):
return abs(pab - pa*pb) < 1e-12
print(independants(1/2, 1/3, 1/6))
print(independants(0.30, 0.50, 0.0))
# True
# False
Le premier appel est celui des dossiers pairs et multiples de : indépendants. Le second, celui de deux événements incompatibles de probabilités non nulles : ils ne le sont pas, et ne le seront jamais.