Sommes et séries numériques
Cours complet · mathématiques (ECT 2e année), chapitre 3 · prépa ECT, 2e année
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Additionner dix nombres ne pose aucun problème. Ce chapitre s'occupe des deux situations où cela en pose un : quand les termes à additionner sont en nombre quelconque — il faut alors une formule, pas une calculatrice — et quand ils sont en nombre infini, ce qui demande de dire d'abord ce qu'on entend par là.
Sur les sommes, le programme précise : « On se limitera, sur des exemples simples, à des décalages d'indice de type . » Aucun changement d'indice acrobatique ne sera donc demandé.
Sur les séries, il est encore plus net : « Les séries sont introduites exclusivement pour leurs applications au calcul des probabilités. Aucune difficulté ne sera soulevée. » Il n'y aura ici ni critère de comparaison, ni règle de d'Alembert, ni série de référence autre que la géométrique. Et l'on ajoute : « Les dérivées des séries géométriques ne font pas partie des attendus du programme. »
3.1 Le symbole somme
Pour des nombres indexés par des entiers, on note
L'entier est l'indice de sommation : c'est une variable muette, elle n'existe qu'à l'intérieur du symbole. Écrire ou , c'est écrire le même nombre.
Pour tous réels , et toutes familles , :
De plus, pour et :
Pour : et .
Pour et : On voit déjà la somme s'approcher de sans l'atteindre : c'est tout le chapitre qui s'annonce.
et non : il y a termes, tous égaux à . De même — pour , d'un côté, de l'autre.
La linéarité porte sur les sommes et les multiples par une constante, jamais sur les produits.
3.2 Décalage d'indice
Une même somme peut s'écrire de plusieurs façons, selon l'endroit où l'on décide de faire partir le compteur. Changer d'indice ne change pas le nombre : cela change seulement l'étiquette collée sur chaque terme.
On pose . Quand parcourt , l'entier parcourt , et . Donc
Trois choses bougent ensemble : les deux bornes montent d'un cran, et le terme général perd son . Un décalage où l'on oublie une borne est l'erreur classique.
Calculons . Avec :
On a ramené la somme à une somme usuelle. Le contrôle direct est immédiat : .
3.3 Sommes télescopiques
Pour toute famille et tous entiers :
Démonstration
Par linéarité puis décalage d'indice :
Les deux sommes portent sur les mêmes termes, sauf que la première ignore et la seconde ignore . Il reste .
Pour tout ,
car .
Pour , cela donne . On reconnaît le théorème avec .
Python : Le télescopage, en calcul exact
from fractions import Fraction
def telescopique(n):
s = Fraction(0)
for k in range(1, n + 1):
s = s + Fraction(1, k) - Fraction(1, k + 1)
return s
for n in [1, 4, 10, 100]:
print(n, telescopique(n), Fraction(n, n + 1))
# 1 1/2 1/2 / 4 4/5 4/5
# 10 10/11 10/11 / 100 100/101 100/101
Le module fractions calcule sans arrondi : les deux colonnes sont rigoureusement égales, terme à terme. Avec des flottants, on n'aurait vu qu'une coïncidence approchée.
3.4 Séries numériques
Additionner une infinité de nombres n'a aucun sens immédiat. On procède donc en deux temps : on additionne les premiers termes — c'est une somme ordinaire, notée — puis on regarde si la suite tend vers une limite. Toute la théorie des séries tient dans ce déplacement.
Soit une suite de réels. On appelle somme partielle d'ordre le nombre
La série de terme général , notée , est convergente si la suite admet une limite finie . On note alors
et s'appelle la somme de la série. Sinon, la série est divergente.
- est un nombre : le terme général.
- désigne la série, c'est-à-dire l'objet dont on étudie la nature (convergente ou divergente).
- est un nombre, la somme — et cette écriture n'a de sens que si la série converge.
Écrire avant d'avoir prouvé la convergence est une faute, pas une maladresse : le symbole ne désigne alors rien.
Si la série converge, alors quand .
Démonstration
Supposons . Alors également, et .
On l'utilise par contraposée : si ne tend pas vers , la série diverge. On dit qu'elle diverge grossièrement. C'est le premier réflexe devant une série inconnue, et il coûte une ligne.
La réciproque est fausse. Il existe des séries dont le terme général tend vers et qui divergent tout de même : c'est le cas de (résultat admis, hors programme, cité seulement pour empêcher la confusion). Que tende vers ne prouve donc jamais rien.
3.5 La série géométrique
Soit un réel. La série converge si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration
Si , la somme partielle vaut .
Si , alors , donc : la série converge et sa somme est celle annoncée.
Si , alors pour tout : le terme général ne tend pas vers , et la condition nécessaire interdit la convergence.
En factorisant le premier terme, on obtient pour :
Il ne faut donc jamais apprendre tout seul : on retient , et l'on regarde à quel rang la somme commence.
La deuxième vaut exactement : c'est la moitié, plus le quart, plus le huitième, et ainsi de suite.
Python : Voir la somme partielle s'approcher de la somme
def somme_partielle(x, n):
s = 0.0
for k in range(n + 1):
s = s + x ** k
return s
for n in [5, 10, 20, 50]:
print(n, round(somme_partielle(0.5, n), 8))
# 5 1.96875 / 10 1.99902344
# 20 1.99999905 / 50 2.0
print(1 / (1 - 0.5)) # 2.0
Pour , l'affichage arrondi donne déjà : l'écart, qui vaut , est bien inférieur à la huitième décimale. Mais aucune somme partielle n'est égale à ; seule la limite l'est.
3.6 Pourquoi les séries, en probabilités
Une variable aléatoire peut prendre une infinité de valeurs : le rang du premier succès dans une répétition d'épreuves n'est borné par rien. Dire que c'est bien une loi de probabilité, c'est vérifier que la somme des probabilités vaut — et cette somme est une série.
C'est pour cela, et pour rien d'autre, que les séries figurent au programme.
On répète une épreuve dont la probabilité de succès est et l'on note le rang du premier succès. Alors, pour ,
La somme de ces probabilités est une série géométrique de premier terme et de raison , avec :
Le total fait : c'est bien une loi de probabilité. Ce calcul sera repris au chapitre 5.
Python : Les probabilités s'accumulent vers 1
p = 0.4
s = 0.0
for n in range(1, 9):
terme = p * (1 - p) ** (n - 1)
s = s + terme
print(n, round(terme, 6), round(s, 6))
# 1 0.4 0.4 / 2 0.24 0.64 / 3 0.144 0.784
# 4 0.0864 0.8704 / 5 0.05184 0.92224
# 6 0.031104 0.953344 / 7 0.018662 0.972006
# 8 0.011197 0.983204
La troisième colonne est la somme partielle. Elle monte vers sans l'atteindre, exactement comme l'escalier de la section 4 montait vers .