Calcul Différentiel et Optimisation
Cours complet · mathématiques (PSI), chapitre 10 · CPGE PSI (2e année)
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10.1 Introduction et vue d'ensemble
Passer d'une variable à plusieurs ne complique pas seulement les calculs : cela change ce qu'on peut dire. Une fonction d'une variable dérivable est continue ; une fonction de deux variables peut admettre ses deux dérivées partielles en un point sans même y être continue. Les énoncés de première année ne se transposent pas, ils se refondent.
Le fil du chapitre est de retrouver, une à une, les bonnes hypothèses. La classe — dérivées partielles continues — rend la différentiabilité, et avec elle l'approximation par un plan tangent. La classe rend la symétrie de la hessienne, et avec elle la classification des points critiques. À chaque étage de régularité correspond un théorème, et l'oubli de l'hypothèse est ici plus qu'une imprécision : c'est un résultat faux.
Le calcul différentiel à plusieurs variables étend la dérivation aux fonctions définies sur des ouverts de . Il formalise la linéarisation locale — différentielle, gradient, matrice jacobienne —, la courbure d'ordre par la matrice hessienne, et la recherche d'extrema libres, au cœur de l'apprentissage automatique, de la thermodynamique et de la mécanique lagrangienne.
niveaux croissants. Les trois ellipses sont les niveaux d'une même fonction ; le point est pris sur celle du milieu, où la normale fait avec l'horizontale et la tangente — l'angle droit de la figure en est un. Là où les lignes de niveau se resserrent, la pente est forte et le gradient long.</div>
10.2 Différentiabilité, Gradient et Règle de la Chaîne
Toute la difficulté de la définition qui suit est qu'elle ne se réduit pas à l'existence des dérivées partielles. Celles-ci ne regardent que directions privilégiées, celles des axes ; la différentiabilité, elle, exige une approximation valable dans toutes les directions à la fois, et c'est une exigence strictement plus forte.
10.2.1 Différentielle et Gradient
Soit un ouvert de et .
- est dite différentiable en s'il existe une forme linéaire continue notée telle que :
- Dans la base canonique orthonormée de , le gradient de en est le vecteur :
On a alors : .
Les trois notions ne coïncident pas, et l'ordre dans lequel elles s'impliquent est à retenir tel quel :
et aucune de ces implications n'est une équivalence. Le contre-exemple classique — il montre que l'existence des deux dérivées partielles n'entraîne ni la différentiabilité, ni même la continuité — est
Cette fonction est identiquement nulle sur chacun des deux axes : ses deux dérivées partielles en l'origine existent donc, et valent . Et pourtant elle n'y est même pas continue, puisqu'elle vaut en tout point de la diagonale , aussi près de l'origine que l'on veut.
C'est pourquoi la classe est l'hypothèse de travail du chapitre : elle se vérifie par un simple calcul de dérivées partielles suivi d'un argument de continuité, et elle donne la différentiabilité sans avoir à revenir au .
La différentielle admet une lecture géométrique immédiate. Le graphe de est une surface de , et l'égalité dit que cette surface est approchée au premier ordre par son hyperplan tangent au point , d'équation
En dimension , c'est le plan tangent au graphe, et le gradient en donne la pente dans les deux directions des axes.
Pour tout vecteur unitaire (), la dérivée directionnelle de en selon est :
La dérivée directionnelle est maximale lorsque est colinéaire et de même sens que . Le gradient indique donc la direction et le sens de plus grande pente.
La même formule donne la propriété la plus utilisée du gradient, celle que la figure ci-dessus illustre et qu'il faut savoir démontrer.
Soit de classe et . Si est un arc de classe tracé sur la ligne de niveau , alors pour tout
Le gradient en un point est donc orthogonal à la direction tangente à la ligne de niveau qui y passe.
Démonstration
La fonction est constante égale à , donc de dérivée nulle. Or la règle de la chaîne, appliquée à cette composée d'un arc et d'une fonction scalaire, donne exactement
Le sens physique est celui d'une carte topographique : les lignes de niveau sont les courbes d'altitude constante, et le gradient pointe perpendiculairement à elles, dans le sens de la montée. Là où les lignes se resserrent, la pente est forte et le gradient long.
10.2.2 Matrice Jacobienne et Règle de Dérivation des Fonctions Composées
Pour , la matrice jacobienne de en est :
Soient différentiable en , et différentiable en . Alors est différentiable en , et :
Sous cette forme matricielle, le théorème est court ; c'est sous sa forme développée qu'il sert. Deux cas reviennent constamment.
Dérivation le long d'un arc. Si est de classe et de classe , alors
C'est le cas qui démontre l'orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, et celui qui donne la dérivée d'une grandeur physique le long d'une trajectoire.
Changement de variables. Si l'on pose et , et , alors
Le passage en polaires, et , est l'application standard : il transforme une équation aux dérivées partielles en une autre, souvent plus simple, et c'est la manière dont les sujets de concours abordent le laplacien.
Dans , les dérivées partielles de sont évaluées au point et non en . La notation ne le dit pas, et c'est la source d'erreur principale des changements de variables : et sont deux fonctions différentes, qu'il vaut mieux noter différemment, même si l'usage physique les confond.
10.3 Dérivées d'Ordre 2, Matrice Hessienne et Formule de Taylor
Passer à l'ordre deux, c'est passer d'une approximation par un plan à une approximation par une quadrique : la hessienne joue pour une fonction de plusieurs variables le rôle que la dérivée seconde joue pour une fonction d'une variable. Elle dit dans quel sens la surface se courbe, et dans quelle direction.
Sa symétrie n'est pas automatique : c'est le théorème de Schwarz, et il demande la continuité des dérivées secondes. Sous cette hypothèse — toujours vérifiée en pratique en CPGE, mais qu'il faut citer — la hessienne est symétrique réelle, donc diagonalisable en base orthonormée. Ses valeurs propres donnent les courbures principales, et leurs signes décident de la nature du point critique.
10.3.1 Théorème de Schwarz et Matrice Hessienne
Soit de classe sur l'ouvert . Pour tous indices :
La matrice hessienne de en est la matrice carrée symétrique :
Pour de classe au voisinage de :
Cette formule est l'outil de toute la section suivante, et sa lecture est simple. En un point critique, le terme du premier ordre disparaît, et il ne reste que
le signe de pour petit est donc celui de la forme quadratique associée à la hessienne, dès que celle-ci ne s'annule pas. Classer un point critique, c'est classer une forme quadratique — c'est-à-dire, la hessienne étant symétrique réelle, regarder le signe de ses valeurs propres.
10.4 Optimisation : existence et extrema libres
Deux questions se posent dans tout problème d'optimisation, et il faut les tenir séparées. La première est celle de l'existence d'un extremum, qui ne se lit sur aucune dérivée : elle relève de la topologie du chapitre 5. La seconde est celle de sa localisation, et c'est là que le calcul différentiel intervient.
Pour l'existence, un seul énoncé suffit dans la quasi-totalité des cas : une fonction continue sur une partie compacte et non vide de est bornée et atteint ses bornes. Sur un ouvert, en revanche, rien n'est garanti — n'a ni maximum ni minimum sur —, et un candidat trouvé par annulation du gradient peut parfaitement n'être ni l'un ni l'autre.
10.4.1 Extrema Libres et Conditions du Second Ordre
Soit de classe sur l'ouvert et .
- Condition nécessaire du 1er ordre : Si admet un extremum local en , alors est un point critique :
- Conditions suffisantes du 2nd ordre : Soit un point critique ().
- Si (toutes les valeurs propres sont ), admet un minimum local strict en .
- Si (toutes les valeurs propres sont ), admet un maximum local strict en .
- Si possède au moins une valeur propre strictement positive et une valeur propre strictement négative, est un point selle / point col (pas d'extremum).
L'hypothèse « ouvert » n'est pas décorative : elle garantit que l'on peut se déplacer dans toutes les directions autour de , ce qui est exactement ce qui force le gradient à s'annuler. Sur une partie fermée, un extremum peut très bien se produire au bord, en un point où le gradient n'est pas nul — le minimum de sur est atteint en , où .
En conséquence, chercher les extrema de sur un fermé se fait toujours en deux temps : les points critiques de l'intérieur d'une part, l'étude du bord d'autre part, ce dernier se ramenant à un paramétrage à une variable. Oublier le bord est l'erreur la plus coûteuse du chapitre, parce qu'elle est invisible : le calcul reste juste, seule la conclusion est fausse.
Pour , en posant , , et :
- Si et minimum local strict.
- Si et maximum local strict.
- Si point col.
- Si cas douteux.
Le nom de « cas douteux » est bien choisi : la hessienne ne tranche pas, et le doute n'est pas levable par un calcul supplémentaire du même ordre. Deux exemples le montrent, qui donnent le même verdict à l'origine et des natures opposées :
Les deux ont l'origine pour point critique, et les deux y ont une hessienne de déterminant nul (, et ). Pourtant y admet un minimum global strict, tandis que n'y admet aucun extremum : croît le long de l'axe des et décroît le long de l'axe des . Dans ce cas, on abandonne la hessienne et l'on revient à l'étude directe du signe de , en général en se restreignant d'abord à quelques directions bien choisies pour deviner la réponse.
minimum, elles forment des courbes fermées emboîtées, et croît dans toutes les directions ; autour d'un col, elles se scindent en deux familles — ici en bleu et en orange pour — séparées par les deux directions où garde la valeur du point critique. C'est exactement l'opposition entre une hessienne dont les valeurs propres sont de même signe et une hessienne dont elles sont de signes contraires.</div>
Méthode : Rechercher les extrema d'une fonction de deux variables
- Domaine : identifier l'ensemble sur lequel on optimise, et dire s'il est ouvert, fermé, borné. S'il est compact et continue, l'existence des extrema globaux est acquise — et il faudra bien les trouver quelque part.
- Points critiques de l'intérieur : résoudre le système . C'est souvent la partie la plus calculatoire, et un système polynomial se traite par substitution.
- Nature de chaque point critique par le critère de Monge, et par l'étude directe dans le cas douteux.
- Bord, si le domaine n'est pas ouvert : le paramétrer et se ramener à une fonction d'une variable.
- Conclusion globale : comparer les valeurs obtenues aux points critiques et sur le bord. Un extremum local n'est global que si on l'a démontré.