Séries Numériques
Cours complet · mathématiques (PT), chapitre 5 · CPGE PT (2e année)
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5.1 Introduction et vue d'ensemble
L'analyse des séries numériques est la pierre angulaire de l'analyse asymptotique, du calcul scientifique et de la physique discrète. Elle permet d'attribuer une valeur finie rigoureuse à une somme infinie de termes. En classe de PT, les outils développés — comparaison série-intégrale, règle de d'Alembert, critère des séries alternées et produit de Cauchy — sont le passage obligé pour aborder les séries de fonctions, les séries entières et l'approximation numérique des équations de la physique.
verticale arbitraire. Sur chaque intervalle , la décroissance de place l'aire entre celle du rectangle de hauteur et celle du rectangle de hauteur : c'est le double encadrement du théorème. Sommer ces inégalités transforme une série en une intégrale, dont on sait décider la nature.</div>
5.2 Séries à Termes Positifs et Critères de Comparaison
Tout le chapitre repose sur une remarque élémentaire : pour une série à termes positifs, la suite des sommes partielles est croissante. Elle converge donc si et seulement si elle est majorée, et une série à termes positifs ne peut diverger que d'une seule façon — vers . Cette dichotomie, qui n'existe pas pour les séries de signe quelconque, est ce qui rend possible tous les critères de comparaison qui suivent : majorer une série positive par une série convergente suffit à conclure.
5.2.1 Convergence et restes
Soit une suite à valeurs dans ou . On appelle série numérique de terme général le couple formé par la suite et sa suite des sommes partielles définie par :
La série est dite convergente si la suite admet une limite finie quand . Dans ce cas, est appelée la somme de la série et l'on note :
Pour une série convergente, on appelle reste d'ordre la quantité :
Si la série converge, alors son terme général tend vers zéro : . Si ne tend pas vers 0, la série est dite grossièrement divergente.
n'entraîne pas la convergence de : la série harmonique en est le contre-exemple universel. La condition n'est donc utile que dans un seul sens — pour éliminer une série dont le terme général ne tend pas vers , ce qui se voit immédiatement et évite tout calcul.
Il faut aussi distinguer la série , qui est un objet formé de la suite et de ses sommes partielles, de sa somme , qui est un nombre et n'existe qu'en cas de convergence. Écrire « » avant d'avoir prouvé la convergence est une faute de raisonnement, pas de notation.
5.2.2 Les trois critères de comparaison
Soient et deux séries à termes positifs.
- Majoration : si à partir d'un certain rang, alors la convergence de entraîne celle de , et la divergence de entraîne celle de .
- Négligeabilité : si , alors la convergence de entraîne celle de .
- Équivalence : si , alors les deux séries sont de même nature.
La positivité est indispensable. Le critère d'équivalence est faux sans elle : et sont équivalents, la première série converge par le critère spécial et la seconde diverge, puisqu'elle est la somme d'une série convergente et de la série harmonique.
L'équivalence ne se transporte pas aux sommes. ne donne pas en général — c'est vrai en cas de divergence, et c'est vrai pour les restes en cas de convergence, mais ce sont deux énoncés à part, ceux du théorème de comparaison série-intégrale.
« À partir d'un certain rang » suffit toujours. La nature d'une série ne dépend pas de ses premiers termes : en modifier un nombre fini change la somme, jamais la convergence.
5.2.3 Comparaison série-intégrale et Séries de Riemann
Soit une fonction continue par morceaux, positive et décroissante. Pour tout entier :
Par sommation :
- La série et l'intégrale impropre sont de même nature (convergentes ou divergentes simultanément).
- En cas de divergence () : .
- En cas de convergence : .
La série de Riemann converge si et seulement si .
C'est la série de référence du chapitre, et elle sert presque toujours par l'intermédiaire de l'équivalence : dès qu'on sait que avec , la nature de est décidée. La démonstration est l'application directe de la comparaison série-intégrale à , dont la primitive est connue.
Méthode : Déterminer la nature d'une série
- Regarder le terme général. S'il ne tend pas vers , la série diverge grossièrement et tout est fini.
- Déterminer le signe. S'il est constant à partir d'un certain rang, les critères de comparaison s'appliquent. Sinon, envisager la valeur absolue — l'absolue convergence — ou le critère spécial des séries alternées.
- Chercher un équivalent simple de , en général de la forme , par développement limité. C'est la voie la plus courte dans la majorité des sujets.
- Si le terme général contient des factorielles ou des puissances -ièmes, passer par la règle de d'Alembert, qui les simplifie par quotient.
- Si avec positive décroissante, utiliser la comparaison série-intégrale, qui donne en outre l'équivalent des restes ou des sommes partielles quand on le demande.
5.2.4 Règle de d'Alembert pour les séries à termes strictement positifs
Soit une série à termes strictement positifs () telle que :
- Si : la série converge.
- Si : , la série diverge grossièrement.
- Si : cas douteux, la règle ne permet pas de conclure (utiliser un équivalent ou Riemann).
Le cas douteux n'est pas un défaut de l'énoncé mais une limite de fond : toutes les séries de Riemann vérifient , et pourtant elles changent de nature en . La règle est donc aveugle exactement là où se joue la frontière, et c'est pourquoi elle ne sert que lorsque le quotient a une limite différente de — en pratique, devant des factorielles, des ou des , qui se simplifient en quotient et pas en équivalent.
5.3 Séries Alternées et Critère Spécial (TSSA)
Jusqu'ici, tous les critères exigeaient un signe constant. Les séries de signe variable demandent d'autres outils, et le programme en retient deux : le critère spécial des séries alternées, objet de cette section, et l'absolue convergence, qui ramène au cas positif et fait l'objet de la suivante. L'ordre n'est pas indifférent : le critère spécial est précisément l'outil qui traite les séries où l'absolue convergence échoue.
Une série réelle est dite alternée si ses termes sont alternativement positifs et négatifs, c'est-à-dire s'il existe une suite positive () telle que :
Soit une série alternée telle que :
- La suite est décroissante à partir d'un certain rang.
- .
Alors :
- La série est convergente.
- Les suites des sommes partielles paires et impaires sont adjacentes, encadrant la somme :
- Le reste d'ordre , , vérifie la majoration fondamentale :
et a le même signe que son premier terme non sommé .
Les trois hypothèses forment un tout, et l'oubli de la décroissance est l'erreur la plus courante : la seule convergence de vers ne suffit pas. Un contre-exemple se construit en cassant la monotonie, par exemple avec et , où le terme général tend bien vers mais où la série alternée diverge.
Le troisième point est ce qui rend ce critère précieux en pratique : il donne une borne d'erreur immédiate. Pour approcher à près, il suffit de sommer jusqu'à , et l'on sait avant tout calcul que l'erreur commise est inférieure à — et qu'elle est du signe du premier terme négligé.
rangs pairs descendent, les rangs impairs montent, et les deux suites se referment sur la somme : . C'est cet encadrement qui donne la majoration du reste — la somme est toujours coincée entre deux sommes partielles consécutives, donc —, et c'est ce qui fait de ce critère le seul du programme à fournir une borne d'erreur explicite.</div>
5.4 Séries absolument convergentes à termes réels ou complexes
Les critères de comparaison de la première section supposaient tous des termes positifs, et le critère spécial un signe strictement alterné. Reste le cas général : une suite réelle de signe quelconque, ou complexe. C'est l'absolue convergence qui l'ouvre, en ramenant toute l'étude à celle de la série positive .
Si la série converge, alors la série converge, et
On dit alors que est absolument convergente.
C'est le premier réflexe devant une série de signe quelconque, et il est très rentable : il ramène l'étude à celle d'une série positive, à laquelle tous les critères précédents s'appliquent. La réciproque est fausse, et le contre-exemple est justement celui de la section : converge alors que diverge. Une telle série est dite semi-convergente.
La distinction n'est pas académique. Une série semi-convergente ne supporte ni le réarrangement de ses termes — le théorème de Riemann affirme qu'on peut lui faire prendre n'importe quelle valeur en changeant l'ordre —, ni le produit de Cauchy, ni l'interversion avec une autre sommation. Toutes les manipulations « évidentes » sur les sommes finies exigent l'absolue convergence pour passer à l'infini.
5.4.1 Comparaison de deux suites complexes
Le rendement de l'absolue convergence est qu'elle transporte les trois critères de comparaison hors du cadre positif où on les a démontrés. Les inégalités portent sur les modules, donc sur des réels positifs, et les énoncés s'appliquent tels quels.
Soient et deux suites complexes.
- Si à partir d'un certain rang, alors la convergence absolue de implique celle de .
- Si , alors la convergence absolue de implique celle de .
- Si , alors la convergence absolue de équivaut à celle de .
Le deuxième point contient le cas , qui n'est qu'une domination particulière. Le troisième s'énonce bien comme une équivalence, alors que son homologue positif affirmait l'égalité des natures : ici, l'équivalence des suites entraîne l'équivalence des convergences absolues, et rien de plus. Deux séries équivalentes peuvent parfaitement être toutes deux semi-convergentes, ou l'une convergente et l'autre divergente — l'équivalent ne dit rien de la convergence simple d'une série de signe variable.
La faute la plus coûteuse du chapitre consiste à écrire , à constater que la première converge par le critère spécial, et à en conclure que la seconde converge. Elle diverge : la différence est . L'équivalence de deux suites ne conserve que l'absolue convergence, jamais la convergence simple.
5.4.2 Règle de d'Alembert, cas général
Soit une série à termes complexes, non nuls à partir d'un certain rang, telle que
- Si : la série est absolument convergente, donc convergente.
- Si : , donc diverge grossièrement.
- Si : cas douteux.
C'est la règle de la section précédente appliquée à , série à termes strictement positifs. Sous cette forme, elle est l'outil qui fixera le rayon de convergence d'une série entière au chapitre suivant : le quotient vaut , et la condition se lit directement comme une condition sur .
séries témoins ne diffèrent que par l'exposant : est absolument convergente puisque converge, tandis que converge par le critère spécial sans que converge. C'est dans la couronne — les séries semi-convergentes — que le réarrangement des termes, le produit de Cauchy et l'interversion de sommations cessent d'être licites.</div>
5.5 Produit de Cauchy de deux Séries
Le produit de deux séries pose une difficulté que la somme n'a pas : le produit des sommes fait apparaître tous les couples , et il faut décider dans quel ordre les sommer. Le produit de Cauchy fait un choix — regrouper par constant — et la question devient : ce choix change-t-il le résultat ?
La convergence des deux séries ne suffit pas. Le contre-exemple classique est multipliée par elle-même : les deux séries convergent, leur produit de Cauchy diverge. Le programme retient le seul cas où les deux séries sont absolument convergentes ; sa démonstration n'est pas exigible.
Cette exigence n'est pas une précaution d'école : elle dit que le produit de Cauchy manipule un réarrangement d'une somme double, et qu'un réarrangement n'est licite que pour une famille sommable. C'est le même théorème que celui des séries doubles, vu sous un autre angle.
Le produit de Cauchy des séries et est la série définie par :
fait apparaître tous les couples du quart de plan ; le produit de Cauchy choisit de les sommer par diagonales constantes, ce qui donne — ici la diagonale . Un autre regroupement — par lignes, par colonnes, par carrés — donnerait une autre série, et c'est la sommabilité qui garantit qu'elles ont toutes la même somme.</div>
Si et sont deux séries absolument convergentes de sommes respectives et , alors leur série produit de Cauchy est absolument convergente et :