Analyse asymptotique
Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 11 · MPSI (classe préparatoire scientifique)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>11.1 Introduction et motivation
L'objectif de ce chapitre est d'introduire les techniques asymptotiques fondamentales, dans les cadres continu (fonctions) et discret (suites). Il s'agit de répondre à des questions du type : à quoi ressemble quand s'approche de ? à quelle vitesse tend-elle vers sa limite ? — la problématique de la vitesse de convergence, introduite au premier semestre, trouve ici ses outils définitifs.
Les développements limités sont les principaux outils du calcul asymptotique : on les traite d'abord pour les fonctions, afin d'en disposer au plus tôt. La priorité est donnée à la pratique : il faut connaître les développements usuels et savoir mener rapidement des calculs simples — les situations dont la gestion manuelle ne relèverait que de la technicité se traitent à l'aide d'outils logiciels. Les fonctions et suites sont à valeurs réelles ou complexes, le cas réel jouant le rôle prépondérant.
11.2 Relations de comparaison : cas des fonctions
11.2.1 Domination, négligeabilité, équivalence
Soient et définies au voisinage de , la fonction ne s'annulant pas au voisinage de (sauf peut-être en ). On dit que :
- est dominée par en , noté , si le quotient est borné au voisinage de ;
- est négligeable devant en , noté , si ;
- est équivalente à en , noté , si .
L'équivalence se lit de deux façons : (commode pour vérifier), et
« , c'est plus une erreur négligeable devant ». C'est cette seconde forme — une égalité qu'on peut substituer, additionner, intégrer dans un calcul — qui fait tout le travail dans la pratique, et que généraliseront les développements limités.
(taux d'accroissement de en ) ; mais : toujours préciser le point ! Un polynôme est équivalent à son terme de plus haut degré en , de plus bas degré en .
Pour étudier au voisinage de réel non nul, on se ramène systématiquement en : on pose et on étudie quand . Tous les outils (équivalents usuels, développements limités) sont calibrés en .
Pour :
(Ce sont les croissances comparées du chapitre 4, réécrites avec le symbole .)
11.2.2 Règles de calcul
Si et en :
Les symboles et se manipulent par les règles usuelles : , , , , et absorbe tout dès que .
- On n'additionne pas des équivalents : et en , mais la « somme » donnerait — faux ! En cas de somme, repasser par la forme ou par les développements limités.
- On ne compose pas par (ni sans précaution) : en , mais . (Pour : si et avec , alors — utilisable, mais à justifier.)
Si au voisinage de et si , alors .
Démonstration
Au voisinage de (où l'on peut supposer , quitte à changer les signes) : , et les deux extrêmes tendent vers (le second car ) : le théorème d'encadrement conclut.
En : et , donc .
Si , alors :
- et ont même signe au voisinage de ;
- admet une limite en si et seulement si en admet une, et c'est la même.
C'est ce qui fait des équivalents l'outil roi du calcul de limites : on remplace chaque facteur par un équivalent plus simple.
11.3 Développements limités
11.3.1 Définition et premières propriétés
admet un développement limité à l'ordre en (en abrégé ) s'il existe des constantes telles que, au voisinage de :
Le polynôme est la partie régulière. En un point quelconque, le de se ramène au de : .
Si admet un , ses coefficients sont uniques. De plus, admet alors un pour tout , obtenu en tronquant la partie régulière à l'ordre .
Démonstration (Démonstration de l'unicité)
Si , on fait : . On retranche, on divise par , et on recommence : , etc. — chaque coefficient est déterminé par un passage à la limite.
- Signe local : si est le premier coefficient non nul, alors : au voisinage de , a le signe de .
- Parité : si est paire (resp. impaire), son en ne contient que des puissances paires (resp. impaires) — conséquence de l'unicité appliquée à .
- Dérivabilité : est dérivable en si et seulement si admet un , et alors (chapitre 6).
11.3.2 Formule de Taylor-Young et développements usuels
Si est de classe au voisinage de , alors admet un donné par ses dérivées :
Tout se retient à partir de quelques souches : donne , , , (tri des termes) ; est la somme géométrique du chapitre 2 ; et s'obtiennent en primitivant et ; généralise le binôme. Noter les cas particuliers utiles de : et .
11.3.3 Opérations sur les développements limités
Si et admettent des de parties régulières et :
- Combinaison linéaire : admet le de partie régulière ;
- Produit : admet le de partie régulière tronquée à l'ordre ;
- Quotient : si , admet un , qu'on calcule en composant avec (écrire avec ) ;
- Primitivation : si , alors admet un obtenu en primitivant terme à terme : .
La composition se pratique sur des exemples simples ( obligatoire : on substitue le de et on tronque) ; aucun résultat général n'est exigible.
Avant tout calcul, prévoir l'ordre nécessaire : dans un quotient ou une différence, des termes peuvent se simplifier et faire perdre des ordres — on factorise par le terme prépondérant pour anticiper. Exemple : pour , il faut à l'ordre (le terme disparaît) ; pour un dénominateur , prendre deux ordres de plus au numérateur.
de : en tronquant le produit à l'ordre ,
de (composition) : , donc
— on a substitué dans . Toujours se ramener à une quantité qui tend vers avant de composer.
11.3.4 Applications à l'étude locale
- Équivalents et limites : le premier terme non nul du donne l'équivalent : .
- Tangente et position relative : si (, ), la tangente en est , et la position de la courbe par rapport à elle est donnée par le signe de (au-dessus si , traversée — point d'inflexion — si impair).
- Asymptotes : si en (étudier , ou poser ), la droite est asymptote, et le signe de donne la position.
- Extremums (ordre 2) : en un point intérieur avec : si , minimum local ; si , maximum local (condition suffisante) ; réciproquement, un minimum local impose (condition nécessaire). Si , l'ordre 2 ne conclut pas (penser à et ).
11.4 Relations de comparaison : cas des suites
Les définitions s'adaptent mot pour mot aux suites (, à partir d'un certain rang) :
avec les mêmes règles (produits, quotients, puissances, encadrement, conservation du signe et de la limite) et les mêmes interdits (sommes, composition par ). Les croissances comparées s'écrivent : , , et aussi , .
; (composer un avec la suite est, lui, parfaitement licite).
11.5 Problèmes d'analyse asymptotique
Un développement asymptotique généralise le : on approche ou par une somme de termes de plus en plus petits, pas nécessairement des puissances (, , …). Exemple : (chapitres 5–6). La notion générale d'échelle de comparaison est hors programme : on pratique sur des exemples — fonctions réciproques, équations à paramètre, suites récurrentes, suites d'intégrales (voir les exercices).
ce qui se traduit par le développement asymptotique :
Les deux premiers termes se devinent : ressemble à (chapitre 4 !). Stirling précise le terme correctif — et donne accès aux factorielles géantes : , soit .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>11.6 Exercices résolus
Niveau (Application directe du cours)
Déterminer et .
Démonstration (Solution)
Par les équivalents usuels (premiers termes des ) : , , et en . Les quotients d'équivalents donnent :
(Quotients et produits d'équivalents : licites ; on n'a additionné aucun équivalent.)
Donner le de .
Démonstration (Solution)
On multiplie les et on tronque à l'ordre :
Calculer .
Démonstration (Solution)
Le numérateur annule les termes d'ordre du cosinus : il faut le ,
D'où la limite . (Morale : prévoir l'ordre — chaque simplification au numérateur coûte un ordre de plus.)
Niveau (Application avec raisonnement intermédiaire)
Retrouver le développement à partir de ceux de et .
Démonstration (Solution)
Écrivons avec , et composons avec :
Puis le produit, tronqué à l'ordre :
Retrouver le de à partir de celui de sa dérivée, puis en déduire un équivalent de en .
Démonstration (Solution)
La dérivée est : en substituant dans la série géométrique,
On primitive terme à terme (avec ) :
En particulier : la courbe traverse sa tangente en (point d'inflexion), en passant dessous pour .
Soit . Montrer que admet un minimum local en , donner la tangente en au graphe et la position relative de la courbe.
Démonstration (Solution)
s'annule en (point critique) et : la condition suffisante à l'ordre 2 donne un minimum local en (qui est même global ici : , chapitre 4 !). Par Taylor-Young :
la tangente en est l'horizontale , et : la courbe est au-dessus de sa tangente au voisinage de .
Étudier la branche infinie de en : asymptote et position relative.
Démonstration (Solution)
Factorisons le terme prépondérant et posons :
en utilisant avec (donc ). D'où :
la droite est asymptote en , et : la courbe est au-dessus de l'asymptote.
Niveau (Raisonnement subtil ou plusieurs étapes)
Pour , on note l'unique solution de l'équation sur . Justifier l'existence de , puis déterminer un développement asymptotique de à deux termes.
Démonstration (Solution)
Existence : est continue, strictement croissante, de limites et : c'est une bijection de sur (théorème de la bijection), d'où un unique , et tend vers (car croît vers ).
Premier terme : de et , on tire , donc .
Deuxième terme : alors , et en reportant :
(La méthode est typique : un premier équivalent « grossier », réinjecté dans l'équation, produit le terme suivant — on peut itérer.)
Pour , on pose . Montrer que , établir la relation , et en déduire un équivalent de .
Démonstration (Solution)
Limite : pour , , donc (encadrement).
Relation : .
Équivalent : la suite est décroissante (intégrandes décroissants en ), donc et :
d'où … précisément : et (en appliquant l'encadrement aux rangs et ). Par encadrement d'équivalents :
(Au passage, et la relation donne la somme alternée : ces intégrales « cachent » la série de .)
À l'aide de la formule de Stirling, déterminer un équivalent du coefficient binomial central .
Démonstration (Solution)
(Les quotients d'équivalents sont licites. Interprétation : parmi les chemins de pas, une proportion revient à l'équilibre — ce calcul est au cœur du théorème central limite et de la combinatoire des marches aléatoires.)
- Comparaison : (quotient borné), (quotient ), (quotient ) ; la forme qui calcule : ; étude en : poser ; croissances comparées en langage .
- Règles : produits, quotients et puissances d'équivalents sont licites ; jamais de somme d'équivalents, jamais de composition par ; équivalent par encadrement ; un équivalent conserve signe local et limite.
- : , coefficients uniques, troncature ; parité ; dérivable ; Taylor-Young ( , coefficients ) ; opérations (combinaison, produit tronqué, quotient via , primitivation, composition avec ) ; prévoir l'ordre, factoriser le prépondérant.
- usuels par cœur : , , , , , , , , , (ordre 3).
- Applications : équivalents/limites ; tangente + position (signe de ) ; asymptotes (, poser ) ; extremum à l'ordre 2 (CN : ; CS : ).
- Suites : mêmes notations et règles ; composer un avec est licite ; développements asymptotiques sur exemples (équations à paramètre : équivalent grossier puis réinjection ; suites d'intégrales : encadrement + relation de récurrence).
- Stirling : , soit ; application : .