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Espaces vectoriels et applications linéaires

Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 12 · MPSI (classe préparatoire scientifique)

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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>12.1 Introduction et motivation

Depuis le début de l'année, la même structure revient sous des habits différents : « solution générale solution particulière solutions de l'équation homogène » pour les systèmes linéaires, les équations différentielles, les suites arithmético-géométriques, les polynômes interpolateurs. Ce chapitre dévoile enfin le concept unificateur : la linéarité. Les objectifs sont les suivants :

En petite dimension, l'intuition géométrique guide tout : on en tirera parti par de nombreuses figures. Le corps est ou ; tout développement théorique sur la dimension infinie est hors programme.

12.2 Espaces vectoriels

12.2.1 Structure d'espace vectoriel

Définition 12.1-espace vectoriel

Un -espace vectoriel est un ensemble muni d'une addition et d'une multiplication par les scalaires de , telles que :

  • est un groupe abélien (chapitre 8), de neutre le vecteur nul ;
  • pour tous et :

Les éléments de sont les vecteurs, ceux de les scalaires. Règles immédiates : , , , et ou .

Exemple 12.2Les espaces vectoriels usuels
  • : les -uplets, opérations composante par composante — le modèle de tous les autres ;
  • et : les opérations des chapitres 9 et 10 en font des -espaces vectoriels ;
  • le produit d'espaces vectoriels (opérations composante par composante) ;
  • , l'espace des fonctions d'un ensemble dans (ou dans un espace vectoriel ), avec les opérations point par point — cas particulier fondamental : , l'espace des suites.
Définition 12.3Combinaisons linéaires

Une combinaison linéaire d'une famille finie de vecteurs de est un vecteur de la forme

Pour une famille quelconque , on utilise une famille de scalaires presque nulle (ou à support fini : tous les sont nuls sauf un nombre fini), et l'on pose (somme finie en réalité).

12.2.2 Sous-espaces vectoriels

Définition 12.4Sous-espace vectoriel

Une partie de est un sous-espace vectoriel (s.e.v.) si contient et est stable par combinaisons linéaires. Caractérisation :

Un sous-espace est lui-même un espace vectoriel (structure héritée — comparer aux sous-groupes du chapitre 8).

Exemple 12.5
  • Le sous-espace nul et tout entier ; une droite vectorielle () ;
  • un plan vectoriel de , par exemple ;
  • est un sous-espace de ; les fonctions continues, les suites bornées… ;
  • l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène est un sous-espace de (chapitre 9) ;
  • contre-exemples : (pas stable par somme), (ne contient pas ).
Proposition 12.6Intersection

L'intersection d'une famille quelconque de sous-espaces vectoriels de est un sous-espace vectoriel. (La réunion, en général, non — comme pour les sous-groupes !)

Définition 12.7Sous-espace engendré

Soit une partie de . Le sous-espace engendré par , noté (ou pour une famille), est l'ensemble des combinaisons linéaires d'éléments de . C'est le plus petit sous-espace contenant : tout sous-espace contenant contient .

12.3 Familles de vecteurs

Définition 12.8Famille génératrice, famille libre, base

Soit une famille de vecteurs de .

  • Elle est génératrice (de ) si : tout vecteur est combinaison linéaire des .
  • Elle est libre si la seule combinaison linéaire nulle est la combinaison triviale :

(les sont linéairement indépendants) ; sinon elle est liée : l'un des vecteurs est combinaison des autres.

  • Une base est une famille à la fois libre et génératrice.
◆Théorème 12.9Coordonnées dans une base

est une base de si et seulement si tout vecteur s'écrit de manière unique :

les sont les coordonnées de dans la base. (Génératrice = existence de l'écriture ; libre = unicité.)

Exemple 12.10Bases canoniques
  • : avec ( en position ) ;
  • : les matrices élémentaires (chapitre 9 : , écriture unique) ;
  • : ;    : (famille infinie, sommes presque nulles).
Proposition 12.11Deux outils de liberté
  • Ajout d'un vecteur : si est libre, alors est libre si et seulement si .
  • Degrés échelonnés : une famille de polynômes non nuls de degrés deux à deux distincts est libre. En particulier, toute famille avec est une base de .
Démonstration (Démonstration pour les degrés échelonnés)

Supposons avec les non tous nuls, et soit le plus grand indice tel que : le membre de gauche a alors pour degré (le terme dominant de ne peut être compensé, les autres degrés étant distincts et l'écriture échelonnée) — contradiction avec . Pour la base de : famille libre de vecteurs, génératrice par récurrence descendante sur le degré.

Exemple 12.12

est une base de , et les coordonnées de y sont les : c'est la formule de Taylor du chapitre 10, relue comme un changement de base !

12.4 Somme de deux sous-espaces

Définition 12.13Somme, somme directe, supplémentaires

Soient et deux sous-espaces de .

  • La somme est un sous-espace (c'est ).
  • La somme est directe, notée , si la décomposition de tout vecteur de en est unique.
  • et sont supplémentaires dans si : tout vecteur de se décompose de manière unique en .
◆Théorème 12.14Caractérisation par l'intersection

La somme est directe si et seulement si .

Démonstration

Si la somme est directe et : sont deux décompositions, donc . Réciproquement, si et , alors : et .

12.5 Espaces de dimension finie

12.5.1 Existence de bases

Définition 12.15

est de dimension finie s'il possède une famille génératrice finie.

◆Théorème 12.16Extraction et complétion

Soit de dimension finie.

  • Théorème de la base extraite : de toute famille génératrice finie, on peut extraire une base. Plus précisément, si engendre et si est libre pour une partie de , il existe telle que soit une base de .
  • Théorème de la base incomplète : toute famille libre de peut être complétée en une base (en piochant les vecteurs manquants dans une famille génératrice).

En particulier, tout espace de dimension finie possède des bases.

Démonstration (Principe de la démonstration)

On part de la famille libre et on parcourt les générateurs : on ajoute à la famille s'il n'est pas déjà dans le de la famille courante (l'ajout préserve la liberté). À la fin, la famille obtenue est libre et son contient tous les , donc vaut : c'est une base.

12.5.2 Dimension

◆Théorème 12.17Le lemme fondamental et la dimension

Dans un espace engendré par vecteurs, toute famille de vecteurs est liée. En conséquence, toutes les bases d'un espace de dimension finie ont le même nombre d'éléments, appelé dimension de et noté (avec ).

Exemple 12.18Dimensions de référence

Et trois espaces de solutions étudiés au premier semestre, relus en termes de dimension :

  • solutions de l'EDL homogène : droite vectorielle , dimension 1 ;
  • solutions de l'EDL2 homogène à coefficients constants : dimension 2 (base ou ) ;
  • suites vérifiant : dimension 2 (l'application est un isomorphisme sur ).

« Dimension » nombre de degrés de liberté : le nombre de constantes qu'il faut fixer.

◆Théorème 12.19Caractérisation des bases en dimension

Si , pour une famille de exactement vecteurs, il y a équivalence entre : libre, génératrice, base. (Avec le bon compte, une seule vérification suffit !)

Définition 12.20Rang d'une famille

Le rang d'une famille finie de vecteurs est : le nombre maximal de vecteurs libres qu'on peut en extraire.

12.5.3 Sous-espaces et dimension

◆Théorème 12.21Dimension des sous-espaces

Soit de dimension finie et un sous-espace de .

  • est de dimension finie et , avec égalité si et seulement si .
  • Formule de Grassmann : pour deux sous-espaces de :

  • Tout sous-espace possède un supplémentaire, et :

iRemarque

La formule de Grassmann est l'analogue vectoriel de . Exemple d'application : deux plans distincts de se coupent toujours selon une droite ().

Définition 12.22Base adaptée

Si , une base adaptée à la décomposition s'obtient en concaténant une base de et une base de ; de même, une base de est adaptée à si ses premiers vecteurs forment une base de .

12.6 Applications linéaires

12.6.1 Généralités

Définition 12.23Application linéaire

Soient deux -espaces vectoriels. Une application est linéaire si :

(de façon équivalente : ). On note leur ensemble, (les endomorphismes). Un isomorphisme est une application linéaire bijective ; sa réciproque est automatiquement linéaire.

Exemple 12.24
  • de dans , pour — l'exemple central, développé au chapitre suivant ;
  • la dérivation sur , l'évaluation , l'intégrale ;
  • les homothéties ; mais pas () ni (l'image de doit être !).
Proposition 12.25Opérations

est un espace vectoriel (combinaison linéaire d'applications linéaires) ; la composée de deux applications linéaires est linéaire, et la composition est bilinéaire : et .

◆Théorème 12.26Noyau et image

Soit .

  • L'image directe d'un sous-espace de et l'image réciproque d'un sous-espace de sont des sous-espaces. En particulier :

  • est injective si et seulement si (comme pour les morphismes de groupes !) ; est surjective si et seulement si .
  • Si engendre , alors .
Définition 12.27Rang d'une application linéaire

est de rang fini si est de dimension finie ; on pose alors . Propriétés : , et le rang est invariant par composition par un isomorphisme (à gauche ou à droite).

12.6.2 Endomorphismes : projecteurs et symétries

Proposition 12.28L'anneau

est un anneau, d'unité l'identité , non commutatif dès que . On note et . Les endomorphismes bijectifs (automorphismes) forment le groupe des inversibles : le groupe linéaire (et a alors un sens pour ). Les homothéties commutent avec tout.

Définition 12.29Projecteurs et symétries (définition géométrique)

Soit : tout s'écrit uniquement .

  • Le projecteur sur parallèlement à est . On a et .
  • La symétrie par rapport à parallèlement à est . On a .
◆Théorème 12.30Caractérisations algébriques
  • est un projecteur (sur , parallèlement à ) si et seulement si ; on a alors .
  • est une symétrie si et seulement si ; alors (vecteurs invariants vecteurs changés en leur opposé).
Démonstration (Démonstration pour les projecteurs)

Si projette sur parallèlement à : se décompose en , donc . Réciproquement, si : tout s'écrit avec et ; et si , alors et . Donc , et est bien la projection associée.

12.6.3 Détermination d'une application linéaire

◆Théorème 12.31Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base

Soient une base de et une famille quelconque de vecteurs de . Il existe une unique application linéaire telle que pour tout . De plus :

Démonstration (Idée)

Nécessairement : l'unicité de la décomposition dans la base rend cette formule bien définie, et elle est linéaire. Les caractérisations s'en déduisent en traduisant noyau et image.

◆Théorème 12.32Isomorphismes et dimension
  • Deux espaces de dimension finie sont isomorphes si et seulement s'ils ont la même dimension ; en particulier, tout espace de dimension est isomorphe à (choisir une base prendre les coordonnées).
  • Si et , alors :

  • Un endomorphisme d'un espace de dimension finie inversible à gauche ou à droite est inversible.
  • .
Attention

L'équivalence injective surjective exige la dimension finie : sur , la dérivation est surjective mais pas injective, et est injective mais pas surjective.

Proposition 12.33Recollement sur une somme directe

Si et , , il existe une unique coïncidant avec sur et sur (poser ).

12.6.4 Le théorème du rang

◆Théorème 12.34Théorème du rang

Soit avec de dimension finie.

  • Forme géométrique : si est un supplémentaire de dans , alors induit un isomorphisme de sur .
  • Forme numérique :

Démonstration

Soit la restriction de . Injective : si et , alors . Surjective : tout s'écrit avec (, ), d'où . Donc est un isomorphisme, et .

iRemarque

Lecture en degrés de liberté : sur les degrés de liberté de départ, sont « écrasés » par , les restants survivent dans l'image. C'est l'outil de calcul de dimensions — souvent combiné avec : injective , surjective .

12.7 Formes linéaires et hyperplans

Définition 12.35Formes linéaires

Une forme linéaire sur est une application linéaire . Exemples : les formes coordonnées (la -ième coordonnée dans une base donnée), , . Toute forme linéaire en dimension finie s'écrit dans une base.

Définition 12.36Hyperplan

Un hyperplan de est le noyau d'une forme linéaire non nulle : . En dimension finie, l'égalité (coefficients non tous nuls) est une équation de dans la base.

◆Théorème 12.37Hyperplans et droites
  • Si est un hyperplan et une droite non contenue dans , alors ; réciproquement, tout supplémentaire d'une droite est un hyperplan.
  • En dimension : les hyperplans sont exactement les sous-espaces de dimension .
  • Deux équations d'un même hyperplan sont proportionnelles (les formes linéaires de même noyau sont colinéaires).
  • L'intersection de hyperplans de () est de dimension au moins ; réciproquement, tout sous-espace de dimension est l'intersection de hyperplans.
ImportantLes deux représentations d'un sous-espace

Un sous-espace de dimension dans de dimension se décrit de deux façons duales :

  • paramétrisation : , soit paramètres — adapté pour produire des vecteurs de ;
  • équations : = intersection de hyperplans (système linéaire homogène) — adapté pour tester l'appartenance.

Exemples dans : une droite ( paramètre) deux équations ; un plan ( paramètres) une équation. Passer d'une représentation à l'autre, c'est résoudre un système (chapitre 9) : éliminer les paramètres, ou résoudre les équations.

12.8 Sous-espaces affines

Définition 12.38Structure affine : points, vecteurs, translations

Dans un espace vectoriel , on peut voir les éléments comme des points ou comme des vecteurs : l'écriture équivaut à . La translation de vecteur est l'application (non linéaire si !).

Définition 12.39Sous-espace affine

Un sous-espace affine de est une partie de la forme

où est un point et un sous-espace vectoriel, appelé la direction de (unique ; peut être remplacé par n'importe quel point de ). Un hyperplan affine est un sous-espace affine dirigé par un hyperplan. Dans : points, droites, ; dans : points, droites, plans, — les droites et plans ne passant plus nécessairement par l'origine.

Proposition 12.40Intersection

L'intersection de deux sous-espaces affines est soit vide (deux droites parallèles distinctes !), soit un sous-espace affine dirigé par l'intersection des directions.

◆Théorème 12.41Équations linéaires : le théorème unificateur

Soient et . L'ensemble des solutions de l'équation linéaire

est : soit vide (si ), soit le sous-espace affine , où est une solution particulière.

Démonstration

Si est solution : .

ImportantLe grand retour : toutes les structures « particulière + homogène »

Le théorème précédent unifie d'un coup toutes les situations rencontrées cette année :

ProblèmeApplication Solutions de
Système linéaire (ch. 9)
EDL1 (ch. 4) : droite affine
EDL2 (ch. 4) plan de dimension
Suites arithm.-géom. (ch. 5)particulière géométriques
Interpolation (ch. 10)

Reconnaître un problème linéaire, c'est gagner d'avance la structure de ses solutions.

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