Espaces préhilbertiens réels
Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 15 · MPSI (classe préparatoire scientifique)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>15.1 Introduction et motivation
Le produit scalaire du lycée mesurait angles et longueurs dans le plan et l'espace. Ce chapitre le généralise à des espaces vectoriels quelconques — y compris des espaces de fonctions ou de polynômes — afin d'exploiter l'intuition acquise en dimension ou pour résoudre des problèmes abstraits : qu'est-ce que l'angle entre deux fonctions ? la distance d'un polynôme à un sous-espace ? la meilleure approximation d'une courbe par une droite ?
La géométrie reste le guide : il est essentiel d'illustrer chaque notion par des figures — orthogonalité, Pythagore, projections —, et les familles de polynômes orthogonaux (Legendre en tête) fourniront les illustrations les plus fécondes, jusqu'aux moindres carrés du calcul scientifique.
15.2 Produit scalaire
Un produit scalaire sur un -espace vectoriel est une application (notée aussi ou ) qui est :
- bilinéaire (linéaire en chaque variable),
- symétrique : ,
- définie positive : , avec égalité si et seulement si .
Un espace muni d'un produit scalaire est un espace préhilbertien réel ; s'il est de dimension finie, on dit espace euclidien.
- Canonique sur : (en colonnes) — celui du lycée pour .
- Sur : — le canonique sur les coefficients ; le caractère défini positif est exactement si (chapitre 13, exercice 35).
- Intégral sur : . Bilinéarité et symétrie sont claires ; le caractère défini est le théorème du chapitre 16 : continue positive d'intégrale nulle est nulle — la continuité est ici essentielle. Variantes sur : , , etc.
15.3 Norme associée à un produit scalaire
La norme associée au produit scalaire est , et la distance entre deux vecteurs est . (Sur canonique : la longueur usuelle.)
Pour tous :
avec égalité si et seulement si et sont colinéaires.
Démonstration
Si , tout est nul. Sinon, le trinôme est positif ou nul pour tout : son discriminant est négatif ou nul, soit . L'égalité force un discriminant nul, donc une racine double avec , c'est-à-dire . (C'est le même trinôme qu'aux chapitres 2, 16 et 19 : Cauchy-Schwarz algébrique, intégral et probabiliste sont un seul théorème, énoncé ici dans sa généralité définitive.)
Sur : . Sur : .
- avec égalité ssi ; ;
- Inégalité triangulaire : , avec égalité si et seulement si et sont colinéaires de même sens ( ou , ) ;
- Identité remarquable : , d'où la formule de polarisation :
— la norme détermine le produit scalaire : longueurs et angles se codent mutuellement.
Démonstration (Démonstration de l'inégalité triangulaire)
par Cauchy-Schwarz ; l'égalité exige , cas d'égalité positif de Cauchy-Schwarz.
15.4 Orthogonalité
Deux vecteurs sont orthogonaux si , noté . L'orthogonal d'une partie est
c'est toujours un sous-espace vectoriel de (stabilité par combinaisons linéaires, grâce à la bilinéarité), et .
Une famille est orthogonale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux, orthonormée (ou orthonormale) si de plus chaque vecteur est unitaire : (le symbole de Kronecker du chapitre 9).
- Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
- Théorème de Pythagore : (équivalence, dans le cas réel) ; pour une famille orthogonale : .
Démonstration
Si , le produit scalaire avec donne (tous les autres termes s'annulent par orthogonalité), donc . Pythagore : cas de l'identité remarquable.
Soit une famille libre d'un espace préhilbertien. L'algorithme suivant produit une famille orthonormée telle que pour tout :
(on retranche les projections sur les directions déjà construites), puis on normalise : . (Chaque est non nul car : la liberté est préservée à chaque étape.)
15.5 Bases orthonormées
Soit un espace euclidien (dimension finie ).
- possède des bases orthonormées (appliquer Gram-Schmidt à n'importe quelle base).
- Théorème de la base orthonormée incomplète : toute famille orthonormée se complète en une base orthonormée de .
Soit une base orthonormée de . Pour tous :
Autrement dit : dans une base orthonormée, tout espace euclidien ressemble exactement à canonique. (Dans une base quelconque, aucune de ces formules ne subsiste — d'où le prix de l'orthonormalisation.)
Démonstration
Si , alors par orthonormalité. Les deux autres formules se développent de même par bilinéarité.
15.6 Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie
Soit un sous-espace de dimension finie d'un espace préhilbertien . Alors :
La projection sur parallèlement à est la projection orthogonale sur , notée , et si est une base orthonormée de :
En dimension finie : , et un hyperplan est l'orthogonal d'une droite, — est un vecteur normal à .
Démonstration
Posons . Alors est orthogonal à chaque (calcul direct : ), donc à : tout vecteur se décompose en . Et car implique . D'où la somme directe, et .
Soit de dimension finie et . Le projeté orthogonal est l'unique élément de qui réalise la distance de à :
et pour tout autre , .
Démonstration
Pour : , deux vecteurs orthogonaux. Pythagore :
avec égalité si et seulement si . (La perpendiculaire est le plus court chemin — le dessin du collège, devenu théorème général.)
Soit et l'hyperplan normal à (en dimension finie). Pour tout :
(On projette d'abord sur la droite — c'est le terme retranché — puis on prend le reste ; la distance au plan de redonne la formule du lycée.)
Sur ou muni d'un produit scalaire intégral, Gram-Schmidt appliqué à produit les familles de polynômes orthogonaux (Legendre pour , exercice 8). Projeter une fonction sur , c'est calculer sa meilleure approximation polynomiale au sens des moindres carrés (exercice 9) — le principe de toute l'approximation hilbertienne : séries de Fourier, régression, compression du signal.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>15.7 Exercices résolus
Niveau (Application directe du cours)
Les applications suivantes sont-elles des produits scalaires sur ?
Démonstration (Solution)
Les trois sont bilinéaires symétriques (coefficients symétriques). Caractère défini positif :
: si : oui.
: , qui est négatif pour : non.
: si (forme canonique, chapitre 2 !) : oui.
Montrer que pour tous réels : , et préciser le cas d'égalité.
Démonstration (Solution)
Cauchy-Schwarz dans canonique avec et :
avec égalité si et seulement si est colinéaire à , c'est-à-dire . (Tout l'art est dans le choix du vecteur auxiliaire — la méthode produit des dizaines d'inégalités, voir la banque.)
Dans canonique, vérifier que et sont orthogonaux, et compléter en une base orthonormée.
Démonstration (Solution)
: orthogonaux. , d'où , .
Un troisième vecteur orthogonal aux deux : on cherche avec et ; en résolvant (pivot), convient ( ✓, ✓), et :
(Famille orthogonale de vecteurs non nuls : libre ; trois vecteurs en dimension 3 : base — les chapitres 12 et 15 travaillent main dans la main.)
Niveau (Application avec raisonnement intermédiaire)
Orthonormaliser la base de canonique.
Démonstration (Solution)
Étape 1 : , .
Étape 2 : , .
Étape 3 : avec et :
(Contrôles : ✓, ✓.) En normalisant :
Dans canonique, déterminer pour , et reconnaître une décomposition étudiée au chapitre 12.
Démonstration (Solution)
signifie :
— le plan du chapitre 12 (exercice 5) ! La décomposition y était une somme directe parmi d'autres ; elle est en réalité orthogonale : le supplémentaire est le supplémentaire canonique, celui qui minimise les distances. Le vecteur est normal au plan.
Calculer le projeté orthogonal de sur , et la distance .
Démonstration (Solution)
Avec , et :
(Contrôle : ✓. C'est la décomposition du chapitre 12, exercice 5 — le projecteur « moyenne des coordonnées » était orthogonal sans le dire.)
Calculer la distance de au plan de , ainsi que le projeté orthogonal .
Démonstration (Solution)
avec normal. Les formules de l'hyperplan :
(Cohérence avec l'exercice 6 : projections sur et sur se complètent, , et — Pythagore boucle la boucle.)
Niveau (Raisonnement subtil ou plusieurs étapes)
Sur muni de , orthogonaliser la base canonique .
Démonstration (Solution)
, avec .
: (imparité, chapitre 16) : est déjà orthogonal à , donc , .
: (imparité), et :
Ce sont (à normalisation près) les premiers polynômes de Legendre , , : la parité a fait la moitié du travail, et la famille continue indéfiniment (, banque). Ils sont aux intégrales sur ce que la base canonique est à — l'outil central des méthodes d'approximation et de quadrature.
Déterminer les réels qui minimisent , et la valeur du minimum.
Démonstration (Solution)
Dans muni de , on cherche la projection orthogonale de sur : le minimum de sur est atteint en , caractérisé par , c'est-à-dire orthogonal à et à :
La première donne ; en reportant : , d'où
Minimum : (car ), soit
La droite est la meilleure approximation affine de la parabole sur au sens des moindres carrés : c'est le principe de la régression, et de toute l'approximation hilbertienne.
Soit la projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie. Montrer que pour tout :
avec égalité si et seulement si . En déduire l'inégalité de Bessel : si est orthonormée, .
Démonstration (Solution)
Pythagore sur la décomposition orthogonale :
avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire : projeter ne peut que raccourcir.
Pour Bessel : prendre ; alors et, la famille étant orthonormée, (Pythagore encore). L'inégalité conclut — avec égalité exactement quand : les coordonnées orthonormées « épuisent » alors toute la norme (c'est le théorème de la base orthonormée, vu comme cas d'égalité).
- Produit scalaire : bilinéaire, symétrique, défini positif ; préhilbertien / euclidien (dim. finie) ; références : sur , sur , sur (défini grâce à « continue positive d'intégrale nulle nulle », ch. 16).
- Norme , distance ; Cauchy-Schwarz (trinôme — 4e et dernier avatar), égalité colinéaires ; inégalité triangulaire (égalité : colinéaires de même sens) ; ; polarisation : la norme code le produit scalaire.
- Orthogonalité : toujours un sous-espace ; famille orthogonale de vecteurs non nuls libre ; Pythagore ( dans le cas réel ; version sommes) ; Gram-Schmidt : puis normaliser ( conservés à chaque étape).
- Bases orthonormées : existence (euclidien), complétion ; et tout devient canonique : , , .
- Projection orthogonale ( de dim. finie) : ; (b.o.n. de ) ; , hyperplan (vecteur normal) ; le projeté réalise la distance (unique, par Pythagore) : ; hyperplan : , .
- Illustrations majeures : polynômes de Legendre (, , , …) par Gram-Schmidt intégral ; moindres carrés projection (meilleure droite : pour sur ) ; et Bessel .