Intégration
Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 16 · MPSI (classe préparatoire scientifique)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>16.1 Introduction et motivation
Le chapitre 4 a manipulé les intégrales en s'appuyant sur les primitives ; ce chapitre fonde la notion : l'objectif principal est de définir l'intégrale d'une fonction continue par morceaux sur un segment et d'en établir les propriétés principales. C'est l'occasion de revenir sur les techniques de calcul, de traiter des exercices d'esprit plus théorique, et de retrouver la problématique de l'approximation : les sommes de Riemann et la comparaison des méthodes des rectangles et des trapèzes prolongent les vitesses de convergence des chapitres 6 et 11.
La continuité uniforme est introduite uniquement en vue de la construction de l'intégrale — son étude systématique n'est pas un attendu du programme. Le corps vaut ou : tout ce qui suit s'étend aux fonctions à valeurs complexes en travaillant avec parties réelle et imaginaire (sauf, bien sûr, les énoncés de positivité).
16.2 Continuité uniforme
est uniformément continue sur si :
La nuance avec la continuité : le est le même pour tous les points — il ne dépend que de , pas de l'endroit où l'on se trouve.
- Toute fonction lipschitzienne est uniformément continue : si , prendre (chapitre 6).
- n'est pas uniformément continue sur : les points et se rapprochent, mais — aux grandes abscisses, la pente explose et le devrait fondre.
Toute fonction continue sur un segment est uniformément continue sur ce segment. (La démonstration — par Bolzano-Weierstrass, chapitre 5 — n'est pas exigible.)
C'est la clef de voûte de la construction de l'intégrale : sur un segment, la continuité se « globalise », et l'on pourra approcher uniformément par des fonctions en escalier.
16.3 Fonctions continues par morceaux
Une subdivision du segment est une suite finie avec ; son pas est . Une fonction est en escalier s'il existe une subdivision telle que soit constante sur chaque intervalle ouvert (les valeurs aux points sont quelconques).
est continue par morceaux s'il existe une subdivision telle que, sur chaque , soit continue et admette des limites finies aux deux extrémités. Les fonctions continues par morceaux sur forment un sous-espace vectoriel et un sous-anneau de l'ensemble des fonctions de dans (sommes, produits et multiples de continues par morceaux le restent : raffiner les deux subdivisions).
16.4 Intégrale d'une fonction continue par morceaux
À toute fonction continue par morceaux sur , on associe son intégrale
définie pour les fonctions en escalier par (somme des aires des rectangles), puis étendue par approximation : grâce au théorème de Heine, est limite uniforme de fonctions en escalier, et leurs intégrales convergent. (Le programme n'impose aucune construction particulière.) Interprétation géométrique : pour réelle, est l'aire algébrique entre la courbe et l'axe — comptée positivement au-dessus, négativement en dessous.
Pour continues par morceaux sur () :
- Linéarité : ;
- Positivité et croissance (cas réel) : ; ;
- Inégalité triangulaire intégrale : (vraie aussi pour à valeurs complexes) ;
- Relation de Chasles : .
On étend la notation au cas en posant : la linéarité et Chasles subsistent (mais les inégalités exigent des bornes croissantes !).
Si est continue sur , à valeurs dans , et si , alors .
Démonstration
Par contraposée : si en un point, la continuité fournit un petit segment () sur lequel . Par croissance et Chasles :
(L'hypothèse de continuité est essentielle : une fonction nulle sauf en un point a une intégrale nulle sans être nulle.)
- Si est paire : ; si est impaire : .
- Si est -périodique : ne dépend pas de (l'intégrale sur une période est invariante par translation).
- La valeur moyenne de sur est : la hauteur du rectangle de même aire.
16.5 Sommes de Riemann
Soit continue par morceaux sur . Alors :
Interprétation géométrique : la somme est l'aire des rectangles de base s'appuyant sur la courbe (méthode des rectangles à gauche) ; quand le pas tend vers , les rectangles épousent l'aire sous la courbe.
Démonstration (Démonstration (exigible) pour lipschitzienne)
Soit une constante de Lipschitz de , et notons . Sur chaque :
En sommant les morceaux (Chasles + inégalité triangulaire) :
Pour de classe , l'erreur de la méthode des rectangles est en (et ne peut pas mieux faire dès que ), tandis que celle des trapèzes — qui remplace chaque rectangle par le trapèze joignant les deux points de la courbe — est en : doubler l'effort de calcul divise l'erreur par 2 pour les rectangles, par 4 pour les trapèzes. Même problématique qu'aux chapitres 6 et 11 : à coût égal, l'ordre de la méthode fait toute la différence (l'exercice 9 chiffre le phénomène).
16.6 Lien entre intégrale et primitives
Soit continue sur un intervalle et .
- La fonction est de classe sur et .
- En conséquence, toute fonction continue sur un intervalle possède des primitives, et pour toute primitive de :
Démonstration
Fixons et étudions le taux d'accroissement : par Chasles,
Soit : par continuité de en , il existe tel que pour ; l'inégalité triangulaire intégrale majore alors le membre de droite par . Donc . Le reste suit : deux primitives diffèrent d'une constante (chapitre 6), d'où la formule .
Ce théorème justifie a posteriori tout le chapitre 4 : primitives usuelles, intégration par parties, changement de variable y reposaient. Il relie les deux visages de l'intégrale : aire (définition de ce chapitre) et antidérivée (pratique du chapitre 4).
16.7 Formules de Taylor globales
Si est de classe sur un intervalle contenant et :
Démonstration (Principe (récurrence sur ))
Pour : , c'est le théorème fondamental. Pour passer de à : une intégration par parties du reste,
fait sortir le terme et monte le reste d'un cran.
Si de plus sur le segment d'extrémités et :
(L'égalité de Taylor-Lagrange est hors programme.)
Ne pas confondre les deux familles de formules de Taylor :
- Taylor-Young (chapitre 11) est locale : ne dit quelque chose que pour — parfaite pour les limites et les développements limités, muette sur la taille de l'erreur en un donné.
- Taylor reste intégral / inégalité de Taylor-Lagrange sont globales : elles majorent l'erreur en tout point — indispensables pour approcher ( à près), prouver des convergences, contrôler des algorithmes.
Pour () et : . En : erreur — l'approximation polynomiale est certifiée, pas seulement asymptotique.
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>16.8 Exercices résolus
Niveau (Application directe du cours)
Montrer que est uniformément continue sur , mais que ne l'est pas sur .
Démonstration (Solution)
Racine : pour , on a , d'où
prendre convient pour tous — uniformément continue (alors qu'elle n'est pas lipschitzienne près de : la pente explose ; lipschitzien est strictement plus fort).
Carré : avec , : mais : aucun ne peut convenir pour .
Calculer et .
Démonstration (Solution)
est impaire (impaire paire) et le segment est centré en : l'intégrale est nulle — zéro calcul.
Pour la seconde, on linéarise (chapitre 2) : , et est -périodique d'intégrale nulle sur (deux périodes complètes) :
Calculer la valeur moyenne de sur , et interpréter géométriquement.
Démonstration (Solution)
Le rectangle de base et de hauteur a exactement la même aire () que l'arche de sinusoïde : la moyenne « rabote les bosses pour boucher les creux ». (En électricité, c'est la valeur moyenne d'un courant redressé.)
Niveau (Application avec raisonnement intermédiaire)
Soit continue sur , à valeurs réelles, telle que . Montrer que . Le résultat subsiste-t-il si est seulement continue par morceaux ?
Démonstration (Solution)
est continue et positive, d'intégrale nulle : par le théorème du cours, , donc .
Pour une fonction seulement continue par morceaux, c'est faux : la fonction nulle partout sauf en un point (où elle vaut ) est en escalier, de carré d'intégrale nulle, sans être nulle. (Cette propriété — sur les fonctions continues — est exactement ce qui fera de un produit scalaire au chapitre sur les espaces préhilbertiens.)
Déterminer les limites de et .
Démonstration (Solution)
On fait apparaître :
(Les sommes de Riemann à droite convergent vers la même intégrale ; on retrouve , déjà rencontré au chapitre 5 par les suites adjacentes — deux méthodes, une limite.)
Pour , on pose . Montrer que , établir une relation entre et , et en déduire un équivalent de .
Démonstration (Solution)
Limite : (croissance de l'intégrale).
Relation : par intégration par parties (, ) :
Équivalent : donc , soit
(Le schéma — encadrer, relation de récurrence par IPP, passage à la limite — est celui du chapitre 11 ; l'intégration lui donne ses outils définitifs.)
Justifier que est dérivable sur et calculer .
Démonstration (Solution)
est continue sur : elle admet une primitive (théorème fondamental), avec , et . Par composition :
(On dérive sans connaître de formule pour — c'est toute la puissance du théorème fondamental : la primitive de n'est pas exprimable avec les fonctions usuelles, et pourtant on calcule.)
Niveau (Raisonnement subtil ou plusieurs étapes)
À l'aide de l'inégalité de Taylor-Lagrange appliquée à sur , déterminer un entier tel que approche à près, et justifier au passage que .
Démonstration (Solution)
est et sur . L'inégalité de Taylor-Lagrange en , :
Le majorant tend vers : la somme converge vers (croissances comparées, chapitre 11). Pour : ; or et : suffit. Neuf termes pour six décimales : la convergence factorielle est foudroyante — et certifiée, ce que Taylor-Young (local !) n'aurait jamais permis d'affirmer.
On approche avec subdivisions. Comparer les erreurs de la méthode des rectangles (à gauche) et de la méthode des trapèzes, puis expliquer le phénomène.
Démonstration (Solution)
Les nœuds sont , et y vaut .
Rectangles : , erreur .
Trapèzes : , erreur — onze fois mieux pour le même nombre d'évaluations.
Explication : l'erreur des rectangles vaut ici essentiellement : elle décroît en . Celle des trapèzes vaut (constante ici) … aux signes et constantes près, elle décroît en : doubler divise l'une par , l'autre par . À budget de calcul fixé, l'ordre de la méthode est décisif — c'est la leçon des vitesses de convergence (chapitres 6 et 11), et la porte d'entrée de l'analyse numérique.
Soit continue sur (réelle). Montrer qu'il existe tel que
puis en déduire que pour continue en : .
Démonstration (Solution)
est continue sur un segment : elle atteint ses bornes et (chapitre 6). Par croissance de l'intégrale :
La valeur moyenne est comprise entre deux valeurs atteintes par : le théorème des valeurs intermédiaires fournit avec .
Pour la seconde partie : avec entre et ; quand , et la continuité donne . (C'est une relecture de la démonstration du théorème fondamental : la dérivée de l'aire, c'est la hauteur.)
- Continuité uniforme : le ne dépend pas du point ; lipschitzienne uniformément continue ( sur : contre-exemple) ; théorème de Heine : continue sur un segment uniformément continue (sert uniquement à construire l'intégrale).
- Subdivisions, pas ; fonctions en escalier ; continues par morceaux (continuité sur les intervalles ouverts limites finies aux bords) : sous-espace vectoriel et sous-anneau.
- Intégrale : aires de rectangles pour les escaliers, extension par approximation uniforme (Heine) ; aire algébrique ; linéarité, positivité, croissance ; ; Chasles ; convention (inégalités : bornes croissantes !) ; continue d'intégrale nulle nulle (faux sans continuité) ; paire/impaire sur , périodique sur une période ; valeur moyenne .
- Sommes de Riemann : ; démonstration exigible pour lipschitzienne (erreur ) ; usage : limites de sommes () ; rectangles contre trapèzes .
- Théorème fondamental : continue est de dérivée ; toute fonction continue a des primitives ; ; dériver par composition.
- Taylor globales : reste intégral (exact, démontré par IPP) ; inégalité de Taylor-Lagrange (l'égalité est hors programme) ; local (Taylor-Young) vs global (reste contrôlé partout) — approcher à : .