Dénombrement
Cours complet · mathématiques MPSI, chapitre 18 · MPSI (classe préparatoire scientifique)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>18.1 Introduction et motivation
Compter sans énumérer : tel est l'art du dénombrement. Cette section est introduite essentiellement en vue de son utilisation en probabilités (le chapitre suivant : probabilités sur un univers fini, où tout calcul de probabilité uniforme est un quotient de deux dénombrements) ; rattachée aux mathématiques discrètes, elle interagit aussi avec l'algèbre (permutations du chapitre 14, coefficients binomiaux du chapitre 2) et l'informatique (complexité des algorithmes, structures de données).
L'esprit du programme : toute formalisation excessive est exclue. Les propriétés les plus intuitives du cardinal sont admises sans démonstration, et l'utilisation systématique de bijections n'est pas un attendu — on raisonne par principes de comptage (addition, multiplication) et par modèles (listes, tirages, comités).
18.2 Cardinal d'un ensemble fini
Un ensemble est fini s'il a un nombre fini d'éléments ; ce nombre est son cardinal, noté ou (et ). Tout fondement théorique des notions d'entier naturel et de cardinal est hors programme : on s'appuie sur l'intuition du « nombre d'éléments ».
Si avec fini, alors est fini et , avec égalité si et seulement si .
Soient finis de même cardinal et . Alors :
Version contraposée, dite des tiroirs (ou de Dirichlet) : si l'on range chaussettes dans tiroirs, un tiroir contient au moins deux chaussettes — toute application d'un ensemble de cardinal vers un ensemble de cardinal est non injective. Simple et redoutable (exercice 5). On notera l'analogie parfaite avec la dimension finie (chapitre 12) : même énoncé, les cardinaux remplaçant les dimensions.
Soient des parties d'un ensemble fini .
- Union disjointe : si , alors (principe d'addition : on découpe en cas incompatibles) ; plus généralement, pour une partition : .
- Union quelconque : (les éléments de étaient comptés deux fois ; la formule du crible générale à ensembles est hors programme).
- Complémentaire : ; différence : .
- Produit cartésien : (principe de multiplication : choix successifs indépendants).
Soient et finis, , .
- Le nombre d'applications de dans est (pour chacun des éléments de , choix indépendants d'image).
- Le nombre de parties de est (pour chaque élément : dedans ou dehors — une partie, c'est une application de dans ).
18.3 Listes et combinaisons
Soit de cardinal .
- Le nombre de -listes (ou -uplets) d'éléments distincts de (l'ordre compte, pas de répétition) est :
( choix pour le premier, pour le deuxième, etc.).
- Cas : le nombre de permutations de est — on retrouve (chapitre 14).
- Le nombre d'applications injectives d'un ensemble de cardinal dans un ensemble de cardinal est ce même nombre : une injection, c'est la -liste (sans répétition) de ses valeurs.
Le nombre de parties à éléments (ou -combinaisons) d'un ensemble de cardinal est :
Démonstration
Comptons les -listes d'éléments distincts de deux façons. Directement : . Ou bien : on choisit d'abord la partie des éléments utilisés ( façons), puis on les ordonne ( façons). D'où , ce qui donne la formule. (Moralité : l'ordre coûte un facteur — diviser par fait passer des listes aux parties.)
Démonstration
Fixons un élément de () et trions les parties à éléments selon qu'elles contiennent ou non — deux cas incompatibles qui recouvrent tout (principe d'addition) :
- celles qui contiennent : il reste à choisir éléments parmi les autres, soit ;
- celles qui ne contiennent pas : on choisit les éléments parmi les autres, soit .
C'est la démonstration combinatoire du triangle de Pascal (chapitre 2 le prouvait par le calcul).
Pour dans un anneau commutatif (chapitre 8) et :
Démonstration
Développons sans regrouper : chaque terme du développement s'obtient en choisissant, dans chacun des facteurs, soit soit . Le terme apparaît donc autant de fois qu'il y a de façons de choisir l'ensemble des facteurs fournissant un : exactement fois.
Le réflexe à acquérir : identifier l'ordre et la répétition.
| avec répétition | sans répétition | |
|---|---|---|
| ordre compte (listes) | (-listes) | (listes d'élts distincts) |
| [2mm] ordre indifférent (parties) | (hors programme) | (combinaisons) |
Tirages successifs avec remise ; sans remise ; tirage simultané (une poignée) .
<i class="fa-solid fa-dumbbell mr-2" style="color:#2E7559"></i>18.4 Exercices résolus
Niveau (Application directe du cours)
Combien de plaques d'immatriculation formées de lettres suivies de chiffres ? Combien de menus composés d'une entrée parmi , d'un plat parmi et d'un dessert parmi ?
Démonstration (Solution)
Choix successifs indépendants (produit cartésien) :
Combien d'anagrammes (mots, sensés ou non) du mot MATHS ? Combien de codes à chiffres deux à deux distincts ?
Démonstration (Solution)
MATHS a lettres toutes distinctes : une anagramme est une permutation, soit mots.
Un code à chiffres distincts est une -liste d'éléments distincts de :
(à comparer aux codes avec répétitions autorisées : l'interdiction de répéter en élimine près de la moitié).
Combien de mains de cartes peut-on former à partir d'un jeu de cartes ?
Démonstration (Solution)
Une main est un tirage simultané : l'ordre est indifférent, pas de répétition — une -combinaison :
(Si l'on distribuait les cartes une à une en notant l'ordre, il y en aurait — chaque main y est comptée fois.)
Niveau (Application avec raisonnement intermédiaire)
Dans une promotion de étudiants, étudient l'anglais, l'espagnol et les deux. Combien étudient au moins une des deux langues ? aucune des deux ?
Démonstration (Solution)
Par la formule de l'union (les bilingues sont comptés deux fois dans ) :
étudiants pratiquent au moins une langue, aucune.
Montrer que dans un groupe de personnes, deux au moins ont le même jour d'anniversaire. Montrer que dans toute réunion de personnes, deux personnes connaissent exactement le même nombre de participants.
Démonstration (Solution)
Anniversaires : l'application « personne jour d'anniversaire » va d'un ensemble de cardinal vers un ensemble de cardinal au plus : elle ne peut être injective.
Connaissances : chaque personne connaît entre et participants, soit valeurs possibles pour personnes — les tiroirs semblent suffire ! Mais les valeurs (quelqu'un ne connaît personne) et (quelqu'un connaît tout le monde) sont incompatibles : au plus valeurs sont effectivement prises, pour personnes. Le principe des tiroirs conclut : deux personnes ont le même nombre de connaissances.
Un club compte femmes et hommes. Combien de comités de personnes contenant au moins deux femmes ?
Démonstration (Solution)
Par le complémentaire : sur les comités possibles, on retire ceux qui ont femme () ou femme () :
Contrôle par addition directe (cas incompatibles selon le nombre de femmes) :
(Deux stratégies royales du dénombrement : passer au complémentaire quand la contrainte est « au moins », découper en cas incompatibles sinon.)
Soit de cardinal . Montrer que le nombre de parties de de cardinal pair vaut — autant que de parties de cardinal impair.
Démonstration (Solution)
Notons et les nombres de parties de cardinal pair et impair. En triant les parties par cardinal :
(formule du binôme avec , ; ici ). D'où .
Niveau (Raisonnement subtil ou plusieurs étapes)
Démontrer combinatoirement l'identité .
Démonstration (Solution)
Comptons les couples (équipe, capitaine) — une équipe de taille quelconque choisie parmi personnes, avec un capitaine dans l'équipe — de deux façons :
- équipe d'abord : pour chaque taille , équipes puis choix de capitaine : total ;
- capitaine d'abord : choix de capitaine, puis chacune des autres personnes est dans l'équipe ou non : .
Les deux comptages dénombrent le même ensemble : l'identité est prouvée. (Vérification analytique : dériver et évaluer en — le chapitre 10 confirme le chapitre 18.)
Combien de chemins mènent de à en ne faisant que des pas vers la droite (D) ou vers le haut (H) ?
Démonstration (Solution)
Un tel chemin comporte exactement pas D et pas H, soit pas en tout : il est entièrement déterminé par le choix des positions des pas D dans la suite des pas — une partie à éléments de :
Exemple : de à , chemins.
(Compter des chemins en comptant des mots : l'encodage est l'arme secrète du dénombrement — et le chemin dessiné correspond au mot indiqué.)
Démontrer combinatoirement que , et en déduire .
Démonstration (Solution)
Une assemblée compte femmes et hommes ; comptons les délégations de personnes. Directement : . En triant selon le nombre de femmes (cas incompatibles) : choix de femmes et choix d'hommes, d'où . Les deux comptages coïncident.
Avec et la symétrie :
(On retrouve le coefficient binomial central, dont Stirling donnait l'équivalent au chapitre 11 — trois chapitres, un même objet.)
- Cardinal : avec égalité ssi ; entre ensembles de même cardinal fini : injectif surjectif bijectif (principe des tiroirs en contraposée ; analogie avec la dimension finie).
- Opérations : union disjointe addition (découpage en cas) ; (crible général hors programme) ; complémentaire (réflexe « au moins ») ; produit cartésien multiplication (choix successifs).
- (applications) ; (chaque élément : dedans/dehors).
- Listes vs parties : -listes quelconques (tirage avec remise) ; -listes d'éléments distincts (sans remise, nombre d'injections) ; permutations () ; combinaisons (tirage simultané) — l'ordre coûte un facteur .
- Démonstrations combinatoires : Pascal (contient ou non) ; binôme (choisir les facteurs donnant ).
- Méthodes : identifier ordre/répétition (tableau) ; complémentaire pour « au moins » ; cas incompatibles ; compter de deux façons (, Vandermonde) ; encoder (chemins mots : ).