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Suites numériques, modèles discrets

Cours complet · mathématiques (première), chapitre 2 · première, spécialité mathématiques

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Une population qui augmente chaque année, un capital placé à taux fixe, une dose de médicament éliminée de moitié chaque heure : beaucoup de phénomènes évoluent par étapes discrètes. Les suites numériques en sont la modélisation naturelle. Ce chapitre présente leurs modes de génération, formalise les suites arithmétiques et géométriques — avec les démonstrations du programme — et développe une première intuition de la notion de limite.

2.1 Modes de génération d'une suite

Définition 2.1Suite numérique

Une suite numérique est une liste ordonnée et infinie de nombres réels : à chaque entier naturel (le rang) est associé un réel (le terme de rang ). On note indifféremment ou , et la suite elle-même ou . Formellement, une suite est une fonction de dans .

Définition 2.2Trois modes de génération
  • Formule explicite : chaque terme se calcule directement à partir de son rang. Exemple : .
  • Relation de récurrence , avec un premier terme donné : chaque terme se calcule à partir du précédent. Exemple : et .
  • Algorithme ou motif : la suite est décrite par un procédé de construction (programme, figure géométrique, dénombrement).
iRemarque

Avec une formule explicite, on obtient en un seul calcul ; avec une récurrence, il faut en principe calculer les termes précédents. D'où l'intérêt de chercher une formule explicite pour une suite définie autrement — c'est tout l'enjeu des suites arithmétiques et géométriques.

Exemple 2.3Une suite définie par un motif géométrique

Les nombres triangulaires comptent les points d'un triangle à lignes :

Chaque triangle s'obtient du précédent en ajoutant une ligne de points : la suite vérifie la récurrence . On montrera plus loin la formule explicite .

Méthode : Passer d'un registre à l'autre

Une même suite peut se décrire en langue naturelle (« chaque terme est le double du précédent augmenté de 3 »), en registre algébrique (), ou en registre graphique (nuage de points ). Savoir traduire un énoncé d'un registre à l'autre est une capacité attendue : repérer les mots « chaque », « le précédent », « augmente de », « est multiplié par »… et les transcrire en symboles.

2.2 Représentation graphique d'une suite

Une suite se représente par le nuage des points isolés : contrairement à une fonction de la variable réelle, on ne relie pas les points, car la suite n'est définie que pour les rangs entiers.

Deux suites : en orange, une suite arithmétique (points alignés) ; en bleu, une suite géométrique de raison (décroissance de plus en plus douce).

2.3 Suites arithmétiques

Définition 2.4Suite arithmétique

Une suite est arithmétique de raison lorsque l'on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même réel :

Elle modélise les évolutions successives à accroissements constants (croissance linéaire).

◆Théorème 2.5Terme général d'une suite arithmétique

Si est arithmétique de raison et de premier terme , alors pour tout entier :

Démonstration (exigible). Pour passer de à , on effectue étapes, et chaque étape ajoute :

car la somme comporte exactement différences toutes égales à . Pour la forme générale, on part de et on effectue étapes : .

iRemarqueLien avec les fonctions affines

avec affine : les points sont alignés sur la droite de pente . La raison joue pour les suites arithmétiques le rôle du coefficient directeur pour les fonctions affines.

Exemple 2.6

Un abonnement coûte € à l'ouverture puis € par mois. Le coût total après mois est arithmétique : . Après deux ans : €.

◆Théorème 2.7Somme des premiers entiers

Pour tout entier :

Démonstration (exigible). Notons et écrivons la somme dans les deux sens :

En additionnant colonne par colonne, chaque paire vaut , et il y a colonnes :

La somme (escalier bleu) et sa copie retournée (orange) pavent un rectangle : c'est la preuve géométrique de .

Proposition 2.8Somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique

Exemple 2.9

(suite arithmétique de raison ). Nombre de termes : . Donc .

2.4 Suites géométriques

Définition 2.10Suite géométrique

Une suite est géométrique de raison lorsque l'on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même réel :

Elle modélise les évolutions successives à taux constant (croissance ou décroissance exponentielle).

ImportantAutomatisme : taux d'évolution fixe suite géométrique

Une grandeur qui évolue de à chaque étape est multipliée à chaque étape par le coefficient multiplicateur : la suite de ses valeurs est géométrique de raison . Hausse de : ; baisse de : . Pour reconnaître une suite géométrique dans un tableau de valeurs, on examine le rapport de deux termes consécutifs : s'il est constant, la suite est géométrique.

◆Théorème 2.11Terme général d'une suite géométrique

Si est géométrique de raison et de premier terme , alors pour tout entier :

Démonstration (exigible). Pour , formons le produit des quotients successifs :

car tous les facteurs intermédiaires se simplifient en cascade (produit télescopique). D'où ; en partant de , il reste facteurs : .

Exemple 2.12

Un capital de € est placé à par an (intérêts composés). Après années : . Après ans, €.

◆Théorème 2.13Somme des puissances de

Pour tout réel et tout entier :

Démonstration (exigible). Notons . Multiplions par :

Soustrayons : dans , tous les termes intermédiaires s'éliminent deux à deux :

Comme , on peut diviser par : .

iRemarque

Pour une suite géométrique quelconque : (on factorise par ). Retenir : premier terme .

iRemarqueVers la fonction exponentielle

La croissance géométrique est une croissance à temps discret. Au chapitre 6, la fonction exponentielle en sera l'analogue à temps continu : on verra que pour tout réel , la suite est précisément une suite géométrique de raison .

2.5 Sens de variation d'une suite

Définition 2.14Suite croissante, décroissante

La suite est croissante lorsque pour tout , décroissante lorsque pour tout (strictement si les inégalités sont strictes) ; constante si pour tout .

Méthode : Trois stratégies pour le sens de variation

  • Signe de la différence : étudier ; si elle est pour tout , la suite est croissante.
  • Comparaison du quotient à (termes strictement positifs) : comparer à .
  • Fonction associée (suite explicite ) : si est croissante sur , alors est croissante.
Proposition 2.15Cas des suites de référence
  • Suite arithmétique de raison : croissante si , décroissante si (car ).
  • Suite géométrique de premier terme et de raison : croissante si , décroissante si (car ).
iRemarqueAttention aux raisons négatives

Si , les termes changent de signe à chaque rang (suite alternée) : la suite n'est ni croissante ni décroissante. Exemple : donne , , , …

2.6 Vers la notion de limite

Sur des exemples, on observe le comportement de quand devient très grand. Toute formalisation est exclue en première : il s'agit de développer une intuition.

La suite : les termes s'accumulent aussi près que l'on veut de (droite orange). On dit que la suite tend vers , ou qu'elle a pour limite .

Exemple 2.16Trois comportements types
  • : les termes dépassent n'importe quel seuil ; la suite tend vers .
  • : les termes se rapprochent de (géométrique avec ) ; limite .
  • : les termes oscillent entre et sans se stabiliser ; pas de limite.

Méthode : Conjecturer une limite, chercher un seuil

Pour conjecturer une limite : calculer les termes pour de grandes valeurs de (calculatrice, Python) et observer leur stabilisation ou leur explosion. Un algorithme de seuil affine la conjecture : chercher le premier rang tel que dépasse un seuil donné (limite infinie) ou s'approche de la limite conjecturée à près.

2.7 Algorithmes


def terme(n):
    # Terme de rang n de la suite récurrente u_{n+1} = 2 u_n + 3, u_0 = 1
    u = 1
    for i in range(n):      # on applique n fois la relation
        u = 2 * u + 3
    return u

def somme(n):
    # Somme u_0 + u_1 + ... + u_n de la même suite
    u, s = 1, 1
    for i in range(n):
        u = 2 * u + 3
        s = s + u
    return s

def seuil(M):
    # Premier rang n tel que u_n > M (croissance vers +infini)
    u, n = 1, 0
    while u <= M:
        u = 2 * u + 3
        n = n + 1
    return n

def factorielle(n):
    # n! = 1 x 2 x ... x n : accumulateur multiplicatif
    p = 1
    for i in range(1, n + 1):
        p = p * i
    return p

def syracuse(u0, n):
    # Liste des n premiers termes de la suite de Syracuse partant de u0
    L = [u0]
    u = u0
    for i in range(n - 1):
        if u % 2 == 0:
            u = u // 2
        else:
            u = 3 * u + 1
        L.append(u)
    return L

def fibonacci(n):
    # Liste des n premiers termes : 1, 1, 2, 3, 5, 8, ... (u_{n+2} = u_{n+1} + u_n)
    L = [1, 1]
    for i in range(n - 2):
        L.append(L[-1] + L[-2])
    return L
Exemple 2.17

syracuse(7, 17) renvoie [7, 22, 11, 34, 17, 52, 26, 13, 40, 20, 10, 5, 16, 8, 4, 2, 1] : la suite finit par atteindre (conjecture de Syracuse : c'est le cas pour tout , mais personne ne sait le démontrer !). fibonacci(8) renvoie [1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21].

2.8 Un peu d'histoire

iRemarqueLes suites avant les suites

Bien avant leur étude formalisée, les suites apparaissent pour approcher des nombres : Archimède encadre par les périmètres de polygones inscrits et circonscrits dont il double le nombre de côtés (suite de valeurs de plus en plus précises) ; Héron d'Alexandrie approche par la récurrence . Elles servent aussi à compter : le problème des lapins de Fibonacci (1202) engendre la suite Au XIVe siècle, Oresme calcule déjà des sommes de termes de suites géométriques.

2.9 Approfondissements

Exemple 2.18La tour de Hanoï

On doit déplacer disques d'une tige à une autre, un par un, sans jamais poser un disque sur un plus petit, à l'aide d'une tige intermédiaire.

Notons le nombre minimal de déplacements. Pour déplacer disques : on déplace les petits sur la tige intermédiaire ( coups), puis le grand disque ( coup), puis les petits sur le grand ( coups) :

En posant , on obtient : la suite est géométrique de raison et , donc et

Pour disques (la légende), déplacements : à un par seconde, près de milliards d'années.

Proposition 2.19Sommes des premiers carrés et des premiers cubes

Pour tout entier :

La seconde formule dit que la somme des cubes est le carré de la somme .

Exemple 2.20Remboursement d'un emprunt par annuités constantes

On emprunte € au taux annuel de , remboursé par annuités constantes . Le capital restant dû suit la récurrence avec et . En déroulant :

d'où €. Les sommes géométriques sont au cœur des calculs financiers.

2.10 Quiz interactif style NotebookLM

Un quiz interactif d'auto-évaluation à choix multiples au format NotebookLM est disponible pour ce chapitre sur la plateforme en ligne (https://adloun.net/playground).

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