Dérivation
Cours complet · mathématiques (première), chapitre 4 · première, spécialité mathématiques
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Quelle est la vitesse à cet instant précis ? Quelle est la pente de la courbe en ce point ? La dérivation répond à ces questions locales : c'est l'outil le plus puissant du cycle terminal. Ce chapitre distingue le point de vue local (nombre dérivé, tangente) et le point de vue global (fonction dérivée, formules de calcul), avec les cinq démonstrations du programme.
4.1 Taux de variation et sécantes
Soit une fonction et deux réels de son ensemble de définition. Le taux de variation de entre et est le quotient
En posant () : .
Le taux de variation entre et est la pente (coefficient directeur) de la sécante , la droite joignant les points et de la courbe.
La sécante (orange) a pour pente le taux de variation : .
Un mobile parcourt mètres en secondes. Entre et :
Le taux de variation d'une distance par rapport au temps est une vitesse moyenne.
4.2 Nombre dérivé : le point de vue local
Que devient le taux de variation lorsque se rapproche de ? Observons pour en :
Les taux s'accumulent vers : on dit qu'ils tendent vers quand tend vers .
Soit définie sur un intervalle contenant . Lorsque le taux de variation tend vers un réel quand tend vers , on dit que est dérivable en , et est le nombre dérivé de en , noté
Pour en un réel quelconque :
Quand tend vers , ce taux tend vers : la fonction carré est dérivable en tout réel , et . (Pour on retrouve la valeur observée numériquement.)
Pour en :
Quand tend vers , ce taux tend vers : la fonction inverse est dérivable en tout et .
Selon le contexte, s'interprète comme :
- la pente de la tangente à la courbe au point d'abscisse (géométrie, ci-dessous) ;
- la vitesse instantanée à l'instant , limite des vitesses moyennes (cinématique) ;
- le coût marginal pour une fonction de coût : coût approché d'une unité supplémentaire (économie).
En sciences, on note aussi un taux de variation et la dérivée : si , alors (et de même si ).
4.3 Tangente à une courbe
Fixons et faisons glisser vers le long de la courbe : les sécantes pivotent autour de et se rapprochent d'une position limite.
Quand glisse vers , les sécantes (grises, puis orange) pivotent vers une position limite : la tangente (verte), de pente .
Si est dérivable en , la tangente à la courbe de au point est la droite passant par et de pente — la « limite des sécantes ».
La tangente à la courbe représentative de au point d'abscisse a pour équation
Démonstration (exigible). La tangente est la droite de pente passant par . Son équation réduite s'écrit ; le point appartient à la droite, donc
Ainsi .
Tangente à la parabole en : , , donc
Méthode : Lire et construire graphiquement
- Lire : c'est la pente de la tangente tracée — partir du point de tangence, se déplacer de vers la droite : la variation verticale lue est .
- Construire la tangente connaissant : placer , puis le point , et tracer la droite passant par ces deux points.
- Une tangente horizontale correspond à .
Lecture de la pente : un pas de vers la droite le long de la tangente fait monter (ou descendre) de .
4.4 Fonction dérivée et dérivées usuelles
Une fonction est dérivable sur un intervalle si elle est dérivable en tout réel de . La fonction qui à chaque de associe est la fonction dérivée de , notée .
| dérivable sur | ||
|---|---|---|
| (constante) | ||
| () | (ou si ) | |
| et | ||
| (pas en !) |
La formule vaut pour tout entier relatif : pour elle redonne ; pour , .
La fonction , définie sur , n'est pas dérivable en .
Démonstration (exigible). Formons le taux de variation en , pour :
Quand tend vers , tend vers , donc devient aussi grand que l'on veut : le taux de variation tend vers et non vers un réel. La fonction n'est donc pas dérivable en .
La courbe de « démarre verticalement » en : pente infinie, pas de nombre dérivé.
4.5 Opérations sur les fonctions dérivables
Soit et deux fonctions dérivables sur un intervalle , et un réel.
| fonction | dérivée |
|---|---|
| ( sur ) | |
| ( sur ) | |
| ( dérivable) |
En particulier, la dérivation est linéaire : la dérivée d'une somme est la somme des dérivées, et un facteur constant se conserve. Autrement dit et ; on dérive donc un polynôme terme à terme. Les deux formules à ne pas confondre sont celles du produit, (un plus), et du quotient, (un moins, et un dénominateur ).
Démonstration de la formule du produit (exigible). Fixons dans et formons le taux de variation de entre et . L'astuce consiste à intercaler :
Quand tend vers : tend vers (la dérivabilité de en entraîne sa continuité), le premier quotient tend vers et le second vers . Le taux de variation tend donc vers
ce qui prouve que est dérivable en avec .
- : somme et multiples, .
- sur : produit, .
- sur : quotient,
- : forme avec , : .
4.6 La fonction valeur absolue
La fonction valeur absolue coïncide avec sur et avec sur : sa courbe est un « V ». Elle est dérivable sur (dérivée ) et sur (dérivée ), mais pas en .
Démonstration. En , le taux de variation vaut : il vaut pour et pour . Selon le côté, les taux tendent vers deux valeurs différentes ( et ) : ils ne tendent pas vers un réel unique, la fonction n'est pas dérivable en .
Le « V » de la valeur absolue : deux demi-tangentes de pentes et se rencontrent en — pas de tangente unique, pas de nombre dérivé.
4.7 Algorithme : pentes des sécantes
L'algorithme du programme dresse la liste des coefficients directeurs des sécantes issues de , pour un pas de plus en plus petit — il « montre » la convergence vers :
def f(x):
return x**2
def pentes_secantes(a, h, n):
# Liste des pentes des sécantes entre a et a + h, h/2, h/4, ..., h/2^(n-1)
L = []
pas = h
for i in range(n):
taux = (f(a + pas) - f(a)) / pas
L.append(taux)
pas = pas / 2
return L
print(pentes_secantes(1, 1, 8))
# [3.0, 2.5, 2.25, 2.125, 2.0625, 2.03125, 2.015625, 2.0078125]
# -> les pentes tendent vers f'(1) = 2
4.8 Un peu d'histoire
Le calcul différentiel s'impose au XVIIe siècle par sa capacité à résoudre simplement des problèmes d'origines très variées : cinématique, mécanique, géométrie des tangentes, optimisation. Newton et Leibniz l'élaborent indépendamment, en s'appuyant sur l'hypothèse que les phénomènes naturels évoluent linéairement sous de petites variations — mais leurs « infiniment petits » restent des notions intuitives et floues. C'est seulement au XIXe siècle que la notion de limite, qui fonde l'exposé actuel, est clarifiée (Cauchy, Weierstrass). La notation , toujours utilisée en sciences, est celle de Leibniz.
4.9 Quiz interactif style NotebookLM
Un quiz interactif d'auto-évaluation à choix multiples au format NotebookLM est disponible pour ce chapitre sur la plateforme en ligne (https://adloun.net/playground).