Endomorphismes symétriques et théorème spectral
Cours complet · mathématiques approfondies (ECG 2e année), chapitre 9 · prépa ECG, 2e année
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Le chapitre 3 a montré qu'un endomorphisme n'est pas toujours diagonalisable, et le chapitre 4 a muni l'espace d'un produit scalaire. En croisant les deux, on obtient le résultat le plus fort de l'année : un endomorphisme symétrique est toujours diagonalisable, et dans une base orthonormée.
C'est le théorème spectral. Il sera l'outil décisif du chapitre 10 — c'est lui qui garantit que la matrice hessienne a des valeurs propres réelles, et donc que le critère d'ordre a un sens.
Rien de plus que . La conclusion du théorème spectral s'écrit donc , ce qui est commode : inverser la matrice de passage, c'est la transposer.
9.1 Endomorphismes symétriques
Soit un espace euclidien. Un endomorphisme de est symétrique lorsque
est symétrique si et seulement si sa matrice dans une base orthonormée est symétrique.
La matrice d'un endomorphisme symétrique dans une base quelconque n'a aucune raison d'être symétrique. C'est l'orthonormalité qui fait le lien, via . Une matrice symétrique lue dans une base oblique ne dit rien.
Si est symétrique et si est un sous-espace stable par (c'est-à-dire ), alors est aussi stable par .
Démonstration
Soit . Pour tout , comme ,
puisque est orthogonal à tout . Donc .
Les sous-espaces propres d'un endomorphisme symétrique sont deux à deux orthogonaux. En particulier, des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.
Démonstration
Soient et avec . Alors
donc . Comme , on a .
9.2 Projection orthogonale
Soit un sous-espace d'un espace euclidien . Comme , tout s'écrit d'une unique façon avec et . L'application est la projection orthogonale sur .
Si est une base orthonormée de , alors
Un projecteur (c'est-à-dire ) est un projecteur orthogonal si et seulement si c'est un endomorphisme symétrique.
Pour tout et tout ,
Autrement dit, est le point de le plus proche de .
Démonstration
Pour , écrivons . Le premier terme est dans , le second dans : ils sont orthogonaux, et Pythagore donne
avec égalité si et seulement si .
Minimiser pour de rang revient à chercher, dans le sous-espace , le point le plus proche de — c'est-à-dire . La droite de régression du chapitre 7 des appliquées n'est rien d'autre. Ce résultat n'est pas exigible, mais il éclaire d'un coup toute la statistique.
9.3 Le théorème spectral
Soit un espace euclidien et un endomorphisme symétrique de . Alors est diagonalisable, et il existe une base orthonormée de formée de vecteurs propres de . Ses sous-espaces propres sont deux à deux orthogonaux.
Toute matrice symétrique réelle est diagonalisable, et l'on peut choisir la matrice de passage orthogonale :
Le programme l'admet. Il faut en retenir trois choses : diagonalisable toujours, valeurs propres réelles, base propre orthonormée. Aucune des trois n'est vraie pour une matrice quelconque.
Soit , symétrique. On vérifie
Les deux directions propres sont orthogonales, conformément au théorème. En les normalisant :
On vérifie , et étant orthogonale, sans avoir à inverser quoi que ce soit.
Python : Diagonaliser orthogonalement
import numpy as np
A = np.array([[3., 1.], [1., 3.]])
# eigh : la version des matrices SYMETRIQUES
vp, P = np.linalg.eigh(A)
print(vp) # [2. 4.]
print(np.allclose(P.T @ P, np.eye(2))) # True <- P est orthogonale
print(np.allclose(P.T @ A @ P, np.diag(vp))) # True <- D = tP A P
eigh exploite la symétrie : elle rend des valeurs propres réelles triées et une matrice de passage déjà orthonormée. Sur une matrice non symétrique, elle donnerait un résultat faux sans prévenir — elle ne lit que la moitié de la matrice.